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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Culture matérielle et pratiques dévotionnelles dans les sociétés chiites

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er jeudi du mois de 9 h à 12 h (salle 662, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 3 novembre 2016 au 1er juin 2017. La séance du 3 novembre est annulée. Séance supplémentaire le 27 avril

Les séances des 27 avril, 4 mai et 1er juin 2017 se dérouleront en salle A06_51 (6e étage) 54 bd Raspail 75006 Paris. La séance du 4 mai est reportée à une date ultérieure. Séance supplémentaire le 2 juin (de 10 à 13 h) en salle A06_51 (6e étage) 54 bd Raspail 75006 Paris

Ce séminaire entend rompre avec les représentations médiatiques et géopolitiques du chiisme et des chiites, présentés tour à tour comme les antidotes de l’extrémisme sunnite ou, au contraire, comme les fers de lance de la violence islamiste. Après la publication en 2011 de Pedram Khosronejad sur le chiisme iranien et l’iconographie, de James W. Allan sur l’architecture chiite (2012) et de Fahmida Suleman sur les expressions rituelles et artistiques du chiisme (2015), le séminaire entend ouvrir l’horizon chiite en termes géographiques ainsi que thématiques. En premier lieu, il s’agira de prendre en compte les sociétés et les cultures chiites dans leur diversité au sein de l’espace musulman dans son ensemble. En second lieu, un élargissement du fait chiite se trouve au centre de nos questionnements, ce qui signifie que notre propos inclut le chiisme duodécimain, mais également ismaélien et autre. Enfin en troisième lieu, nous entendons par l’expression de culture matérielle les processus de fabrications, les savoirs et les savoirs faire, artistiques ou non, qui produisent du plus petit objet apparemment insignifiant au plus grand, le monument. À ce propos, notre intérêt porte plus particulièrement à voir comment la matérialité de l’objet – le passage de sa représentation idéelle à une existence concrète en tant qu’objet – conditionne sa conception, sa réalisation, sa fabrication et  ses usages.

ATTENTION : la première séance du séminaire est repoussée au 1er décembre 2016.
 
Il sera constitué de deux parties :

  • Annabelle Collinet (Musée du Louvre) "De l’invocation au monument : inscriptions et objets liés aux sociétés shiites"
  • Zahir Bhalloo (CEIAS-EHESS), Michel Boivin (CNRS-CEIAS), Sepideh Parsapajouh (CNRS-LAUM/IIAC) : Présentation des travaux et des publications importantes de l’année précédente

Jeudi 5 janvier 2017 : Lamia Saadé (Paris 3), « Le retrait qui suit un désastre démesuré »
Le fil conducteur sera le travail du plasticien et philosophe Jalal Toufic, avec notamment sa vidéo 'Âshûrâ : This Blood spilled in My Vein. Celle-ci suit les commémorations de Ashura de la banlieue sud de Beyrouth à Nabbatiyeh au Liban-sud, seule localité à autoriser le tatbir.
Le travail de Jalal Toufic est à la jonction entre les préceptes de l'Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah qui préconise une commémoration d'Âshura intellectuelle et normative et à la fois montre une théâtralisation toujours plus spectaculaire et l'engouement qu'elle suscite auprès des populations ciblées.

Jeudi 2 février 2017 :

  • Azadeh Dalir-Naghinia (doctorante en anthropologie, Paris 8), « Ta’ziyeh, ses acteurs et ses spectateurs. Entre observance et performance »
    Ta’ziyeh est un genre théâtrale traditionnel qui a lieu chaque année dans de nombreux lieux chiites (notamment en Iran et au Liban) pendant le mois sacré de Muharram, pour commémorer le martyre de Hossein, le troisième Imam chiite, et ses compagnons. Il s’agit donc d’un spectacle rituel chiite qui se joue dans une atmosphère d’interaction dynamique entre acteurs et spectateurs, tous croyants. Dans le domaine des sciences humaines, c’est surtout le côté religieux du ta’ziyeh qui est connu et qui a été déjà étudié, mais ses aspects théâtraux n’ont pas beaucoup encore attiré les attentions des chercheurs. Tandis que le ta’zieh est en fait autant un art dramatique qu’une véritable observance religieuse. De ce fait, on ne peut pas parler d’une anthropologie religieuse du ta’zieh sans prendre en compte ses aspects théâtraux qui se comprennent dans le domaine de l’art dramatique. Ce sont les détails de ses derniers aspects du t’azieh que nous essayons de montrer dans cette présentation dans le contexte de l'Iran  contemporain, en analysant plus particulièrement les rapports entre les acteurs et les spectateurs. 
  • Tasnime Pen Point (M2 – Sciences sociales des religions, EHESS), « Efficacité théâtrale des “rituels husayniens” : le cas des communautés chiites d’Île-de-France »
    Minorité dans la minorité, le chiisme en France représente une toute petite proportion des musulmans français. Sur les huit centres cultuels chiites aujourd’hui implantés en Île-de-France, j’ai effectué dans six d’entre eux des observations de rituels collectifs de commémorations de deuil (au moment d’Ashoura ou lors de l’anniversaire du décès d’un personnage important). Point de processions ou de défilés dans les rues parisiennes, point de spectacle de théâtre sur la place publique pour les chiites franciliens : les commémorations se font de manière discrète et sont restreintes à l’espace cultuel. Pour autant, les rituels husayniens n’en sont pas moins centraux pour ces communautés. Au contraire, nous verrons que la théâtralité propre au « majlis husayniya » et au « matam » confère à ces cérémonies une efficacité remarquable, tant au niveau collectif (cohésion communautaire) qu’au niveau individuel (construction identitaire et renforcement/renouvellement de la foi).

Jeudi 2 mars 2017 :

  • Emilie Girard, Conservateur du Patrimoine, Adjoint au Directeur scientifique et des collections du Mucem, Responsable du pôle « Croyances et religions », « Des objets de dévotion shiite dans les collections du Mucem (Marseille) »
    Dès l’origine du projet du Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), l’Iran a été considéré comme faisant partie intégrante de l’aire géoculturelle de référence du musée. Cette décision a ainsi donné lieu à l’entrée progressive dans les collections du musée d’objets en provenance d’Iran, le Mucem comptant à ce jour un peu moins de 300 pièces iraniennes. Parmi eux, on note la présence d’objets permettant de témoigner de la culture matérielle chiite, notamment un ensemble d’une petite trentaine d’images d’Ali et de sa famille (coffrets peints, fixés sous verre et affiches), couvrant tout le 20e siècle. On propose donc de présenter ce corpus, son origine, sa typologie et son iconographie, ainsi que d’autres objets permettant d’aborder la culture chiite (pierres, main d’Abbas et talismans).
  • Iqbal Surani, docteur en Sciences des Religions, EPHE, « Les pratiques religieuses des Khoja-s ismaéliens du Sous- continent indien d'après les textes des farmân-s et des ginân-s »
    Les Khoja-s ismaéliens sont des musulmans chî'ites qui ont un Imâm physiquement présent. Parce que les farmân-s (ordres) de l'Imâm sont reçus par ses fidèles comme des décrets divins et qui leur sont exclusivement destinés et réservés, ils n'ont pas fait l'objet d'études académiques. En s'appuyant sur un choix des farmân-s et des ginân-s (qui sont des hymnes dévotionnels) traitant des devoirs et pratiques religieux, l'auteur de cette communication va essayer de montrer comment ces textes ont contribué et contribuent encore aujourd’hui à façonner une identité religieuse dynamique propre aux ismaéliens fidèles de l'Agha-Khan.

Jeudi 27 avril 2017 :

  • Shirin Dehghani (doctorante, Université Paris 8), « La place des femmes dans les cérémonies d'Achoura : le cas de la ville portuaire de Boushehr »
    La commémoration du martyre d'imam Hossein dans la société iranienne a, on le sait, une dimension carnavalesque frappante qui se manifeste par occupation de l’espace public. Dans ces cérémonies, ce sont normalement les hommes qui se montrent comme les seuls acteurs publics des performances, et qui pratiquent différents types de azâ et auto-flagellation : se frapper la poitrine avec la main, se donner des coups de chaîne aux épaules et au dos, porter les alam dans les cortèges, en faisant la marche funèbre rythmée, et aussi de jouer le tazieh. Les femmes, quant à elles, elles restent souvent comme les spectatrices principales de ces cérémonies annuelles. Parfois elles ont leurs propres rites, mais ils ne l'exécutent qu'à l'intérieur des maisons, entre elles et loin des regards masculins. 
    Cependant cette coutume change soudainement dès que nous traversons le pays vers le sud et que nous mettons le pied à Boushehr, ville portuaire au sud-ouest de l'Iran et dans le Golfe Persique. Ici, pour effectuer les cérémonies d’Achoura, les femmes possèdent une liberté remarquable par rapport au reste du pays : elles jouent les rôles féminins dans le Tazieh, elles chantent les élégies locales dans l’espace public, elles réalisent une partie des cérémonies publiques avec les hommes, etc. Dans cette présentation, nous essayons de décrire et analyser cette participation et cette présence exceptionnelles féminines dans la cérémonie d'Achoura dans la culture locale de la ville de Boushehr. 
  • Kamnoush Khosrovani (doctorante à l’EPHE- GSRL), « Les femmes soufies dansent-elles à Téhéran? Une pratique corporelle ostentatoire au service d’un cheminement intérieur »
     Les ritules du zikr soufi et les formes de sociabilité qu’ils engendrent ce situent souvent au coeur des problématiques qui les opposent au clergé chiite en Iran. Cette opposition s’est accrue depuis que ce dernier s’est emparé du pouvoir politique en Iran (1979). Dans ce contexte si les études littéraires et philosophique de la pensée soufie (irfân eslmâmi - la gnose musulmane) abondent même dans les écoles coraniques chiites, moins d’études s’attachent à l’analyse des contextes sociaux dans lesquels les soufis d’Iran (de confession sunnite ou chiite), marginalisés mais en vigueur dans différentes regions iraniennes, pratiquent leurs rituels. Les femmes qui constituent une part importante de cette communauté sont d’autant plus absentes dans les descriptions ethnographiques et leur pratique est rarement saisit dans sa particularité.
    Après un mémoire de master en anthropologie de la danse sur les pratiques soufies féminines du Kurdistan Iranien, mon terrain de recherche doctorale se prépare dans une zone plus urbanisé, plus centrale. Depuis septembre dernier j’ai entamé une enquête ethnographique à Téhéran, capitale iranienne, issue de plusieurs vagues de migrations interne et le haut lieu de la visibilité de la classe moyenne iranienne. Ici, les groupes de jeunes femmes de la confrérie qâdéris, à défaut d’un lieu spécifique de rassemblement, se réunissent, à tour de rôle, dans leurs appartements pour organiser des séances de zikr. Je prolonge dans cette étude ma question initiale quant au rapport qu’ont ces femmes avec la pratique corporelle ostentatoire (jahri) de ce rituel et principalement son articulation avec les vertus promus dans leur projet de formation soufie (seir-o solûk), notamment celle de hayâ (la réserve, la retenue).

1er juin :

  • Olly Akkerman (Freie Universität Berlin) "Bohra Manuscript Culture, Archive and Secrecy: a Social Codicological Ethnography"

The Alawi Bohras, a small but vibrant Muslim Shia community in India that is almost entirely closed to outsiders, hold a secret Arabic manuscript culture, which is enshrined and preserved in royal archives. Having had unique access to one of these archives, my presentation unravels the as yet unstudied physical and social aspects of the Alawi Bohra philological tradition. Through the lens of what I call social codicology, i.e. the conducting of philological fieldwork and participant observation in the community in Baroda, Gujarat, I intend to discuss the social role of this archive as a repository of secret texts, and further examine the social lives of its manuscripts.

  • Denis Gay (Université de Lausanne) : "Le renforcement de la frontière ethnique de la diaspora bohra à Madagascar"

Les Bohra dawoodi constitue l’une des cinq communautés originaires du Nord-Ouest de l’Inde installées à Madagascar. Fondée sur des théories l’ethnicité, cette communication montre que d’une part les catégories de l’identité et de l’altérité utilisées par les Bohra de Madagascar sont d’une grande diversité et que la limite entre Bohra et les autres dans la société malgache est renforcée par des changements religieux et des activités commerciales. Alors que des auteurs soulignent la cohésion des Bohra (Blank 2001, Salvadori 1989), cette communication met en évidence de manière complémentaire d’une part une tension entre l’unité et la diversité culturelle et, d’autre part la consolidation de la frontière ethnique.

2 juin :

  • Sana Ben Hassen (Faculté des lettres et sciences humaines, Université de Sousse) : La perception de relation conjugale selon le fiqh chiite duodécimal

Cette présentation propose d’étudier la relation conjugale selon les textes juridiques chiite duodécimale. Dans un premier lieu, on traite les différents types des relations conjugales idéale ou marginale, de l'harmonie et de l’amour ou bien de la domination et la subordination. Dans un dernier lieu, notre attention sera focalisé sur la nature des relations conjugales : Ali ibn Taleb et Fatima la fille de Mohamed dans une première partie et du prophète Mohamed et ses épouses dans une seconde partie. Vers la fin, on établit une comparaison entre les deux doctrines au niveau de la vie sociale et la construction d'identité du genre. Disons pour finir , que ce projet étudie les quatre sources de législation importantes chez les chiite duodécimale."

  • Manuel Gueux, EHESS : Représentations picturales des martyrs en Iran depuis la révolution islamique à nos jours

Le chiisme iranien a produit au cours de son histoire une vaste martyrologie, déterminante dans le récit de ses origines. Considérablement mobilisée lors de la révolution islamique de 1978/1979, puis lors de la guerre contre l'Irak de 1980/1988, elle se manifesta sous des formes très diverses, en particulier le dessin, la peinture, la photographie, la gravure de visages de martyrs anciens et modernes, multipliés dans les espaces privés comme publics. Le but de notre exposé est de rendre compte des codes religieux et picturaux qui règlent ces représentations, d'en montrer les évolutions et la diversité, et de nous interroger enfin sur les rapports nouveaux au pouvoir qu'ils ont donné à voir et leur efficacité jusqu'à nos jours, alors que progressivement le temps efface les liens de personne à personne qui liaient les familles à leurs disparus.

Projection du film documentaire d’Ashok Kumar, The Sorrow and the Joy : Remembering Hussein’s martyrdom in Hyderabad, Pakistan, Center for South Asia UW-Madison, 41 mn, 2014.

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

Renseignements :

par courriel.

Direction de travaux d'étudiants :

contacter l'un des organisateurs du séminaire.

Réception :

sur rendez-vous uniquement.

Niveau requis :

licence d'histoire, anthropologie, sciences politiques, sociologie etc. Un entretien préalable avec un ou plusieurs enseignants est indispensable.

Adresse(s) électronique(s) de contact : mboivin(at)ehess.fr, sepideh.parsapajouh(at)gmail.com, zsbhalloo(at)hotmail.com

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 22 mai 2017.

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