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Consommations et prohibitions de drogues : approche transversale

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e jeudi du mois de 17 h à 20 h (amphithéâtre François-Furet, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2016 au 8 juin 2017. Première séance le mardi 11 octobre, de 14 h à 17 h (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris). Séance supplémentaire le 27 avril 2017 (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris)

Après une première année consacrée aux prohibitions des drogues, nous ouvrons plus large le spectre de l’analyse, nous interrogeant sur les consommations, les ressorts de la prise de drogues, ses usages au cours des siècles et des espaces.

Ce séminaire se veut avant tout un lieu de réflexion et de recherche collective, visant la synergie des sciences humaines et sociales avec le savoir accumulé par les usagers de drogues et les professionnels de la santé. Une approche transversale innovante, dans sa méthodologie et ses contenus, mixant à la fois les disciplines, les compétences théoriques et les savoirs pratiques. Nous souhaitons que cette mise en commun de connaissances et d’analyses d’expériences puisse servir à une meilleure appréciation tant de la phénoménologie des usages des drogues que des politiques publiques qui les encadrent.

Nous abordons la question des drogues sous plusieurs aspects : sanitaires, juridiques, économiques, géopolitiques, bien sûr, mais aussi culturels, historiques, anthropologiques, sociologiques, psychanalytiques. Pour nous donner les moyens d’une compréhension plus approfondie de la « question drogue », trop souvent traitée à l’arrivée et non en amont, s’attaquant aux conséquences induites par la législation prohibitionniste, par la répression des trafiquants et des consommateurs et la prise en charge sanitaire des addictions. Or, les problèmes sanitaires liés aux conduites addictives, qu’il s’agisse d’alcool, de tabac, de médicaments  (benzodiazépines), ou de drogues illicites, ne représentent qu’une partie de la question. Dans la consommation de drogues, les motivations anthropologiques, sociologiques, culturelles et psychiques sont primordiales. À travers l’histoire et les espaces géographiques, l’usage des drogues se décline en fonctions thérapeutiques, mystiques et/ou religieuses, mais aussi hédonistes. Bien entendu, les drogues peuvent avoir des conséquences délétères pour les individus et les collectivités, et c’est comme cela que les gouvernements nationaux et l’ONU depuis cent ans ont traité la question. Mais les drogues ont été, au cours du temps et des civilisations, employées aussi comme solution à des problèmes de nature médicale, psychique, sociale. C’est là le défi théorique, social et politique posé par la question des drogues.

Nous parlons de drogues, employant le terme courant et populaire désignant les psychotropes, à savoir des substances psychoactives qui ont un impact sur les perceptions, les sens, les neurotransmetteurs. Si certaines drogues, illicites comme l’héroïne ou licites comme l’alcool et les benzodiazépines, ont un fort potentiel d’addiction, assimiler tous les usages de drogues illégales au concept d’addiction apparaît fort réductif et parfois impropre. L’addictologie, née de la confluence de l’intervention médicale en toxicomanie et en alcoolisme, a élargi ensuite son spectre d’action au tabac, au sexe, à l’adrénaline, aux jeux vidéo, de hasard et d’argent. En toute logique, le pas suivant est d’y inclure l’addiction au sucre, un « fléau » sanitaire majeur à niveau planétaire. Or, s’il est certain que l’addiction au sucre sous toutes ses formes peut constituer une pathologie grave pour le consommateur, et avoir des conséquences préjudiciables pour lui et pour la santé publique (et les caisses de sécurité sociale …), cela ne fait pas du sucre un psychotrope. Pour une meilleure analyse et appréciation de phénomènes divers, il convient ne pas faire de confusion entre drogues psychotropes, substances addictives et conduites addictives. Les clefs des « portes de la perception » ne sont pas les mêmes que celles des portes de la relaxation, et le recours à une substance ou une autre pour lutter contre la dépression, la souffrance, la peur, semble s’inscrire dans le destin de l’humanité.

L’apport des sciences humaines et sociales, et nous considérons que les « sciences du corps » en font partie intégrante, apparaît dès lors indispensable pour comprendre les processus à l’œuvre dans les conduites d’usage de drogues, et par conséquent envisager les meilleures politiques de régulation de la production, du commerce et de la consommation des drogues.

11 octobre 2016 : De la guerre à la drogue aux nouvelles pistes de régulation

  • Ethan Nadelmann (directeur de la Drug Policy Alliance), « Quelles stratégies de sortie de la prohibition ? L’exemple du continent américain »
  • Marsha Rosembaum (sociologue, directrice émérite de l’Office of the Drug Policy Alliance de San Francisco), « Just say Know. Apprendre à consommer »
  • Discutante : Anne Coppel (sociologue)

10 novembre 2016 : Dealers, démons des temps modernes

  • Vincent Benso (sociologue, Technoplus), « Dealers des banlieues et des beaux-quartiers en France »
  • Aude Lalande (ethnologue), « Le deal d’appartement et les scènes de rue de l’héroïne à Paris dans les années 1970-2000 »
  • Sandra Laugier (philosophe, professeure à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « Les dealers dans les séries américaines »
  • Discutant : Loïc Pignolo (sociologue, Université de Genève)

8 décembre 2016 : Punir et soigner

  • Sandrine Musso (anthropologue, maître de conférences à Aix-Marseille Université), « D’une peine … l’autre : retour sur l’histoire des liens entre double peine et sida en France »
  • Dario Malventi (anthropologue), « La prison thérapeutique »
  • François Bes (OIP, Observatoire international des prisons), « Drogues et prison »
  • Discutant : Fabrice Olivet (directeur d’ASUD)

12 janvier 2017 : De l’amende à la peine de mort : les peines et les condamnés pour trafic de drogues

  • Sonny Perseil (juriste, ingénieur d’études au CNAM), « De la prison à la peine de mort : la violation des droits humains dans la guerre à la drogue»
  • Renaud Colson (juriste, maître de conférences à l'Université de Nantes), « Les rationalités punitives des lois prohibitionnistes »
  • Mariana Broglia de Moura (anthropologue, doctorante à l'EHESS), « La peine de mort extra-judiciaire au Brésil »
  • Discutant : Raphaël Chenuil (directeur général d’ECPM, Ensemble contre la peine de mort)

9 février 2017 : Se droguer pour le plaisir

  • Aude Wyart (sociologue, docteure de l'EHESS), « Usages de cocaïne en contexte festif : la gestion du plaisir face aux normes »
  • Patrick Pharo (philosophe, directeur de recherche au CNRS), « Drogues, plaisir et addictions collectives »
  • Sandro Cattacin (sociologue, professeur à l’Université de Genève)
  • Discutant : Alessandro Stella

9 mars 2017 : Vivre et travailler avec les drogues
La culture européenne a intégré pendant des siècles qu’on vivait et qu’on travaillait avec l’alcool, le vin en particulier. « Le vin aide à tenir le coup, ça donne des forces et ça fait supporter l’effort », qu’on disait. Au point que jusqu’à une époque récente, surtout dans les régions viticoles, le vin faisait partie de la paie des travailleurs. Comme la coca pour les mineurs des Andes.
Avec l’arrivée et la diffusion massive, depuis cinquante ans, des drogues venues d’ailleurs (cocaïne, cannabis, héroïne), les Occidentaux ont appris à vivre et travailler avec les drogues. Si des enquêtes socio-sanitaires, conduites sur des usagers problématiques, pointent le décrochage scolaire, l’absentéisme au travail, ou la lente pente vers la déchéance physique et psychique provoquée par la consommation de psychotropes, d’autres études montrent que des usagers ne passant pas par des centres de soins arrivent à gérer leur consommation, être productifs, s’occuper de sa famille, avoir une vie normale. Chez des travailleurs du bâtiment ou de la restauration, dans le monde des arts et des spectacles, comme finalement dans n’importe quelle secteur professionnel, l’usage de psychotropes fait désormais partie intégrante du paysage.
Doit-on s’en émouvoir, doit-on les condamner, doit-on réguler, encadrer ou tolérer ces pratiques comportementales en soi interdites ? En tout cas, qu’on le veuille ou non, le drogues et les « drogués » sont parmi nous, sont nos voisins quotidiens, et on peut se demander s’il ne faudrait pas envisager d’arrêter les hypocrisies et vivre avec.

  • Marie Ngo Nguene (sociologue, doctorante à l'Université Paris-Ouest Nanterre-La Défense), « Drogues et travail chez les ouvriers du bâtiment et de la restauration à Paris »
  • Astrid Fontaine (sociologue), « Drogues et travail. Des travailleurs qui se droguent ou des usagers qui travaillent ? »
  • Discutant : Jean-Pierre Couteron (psychologue clinicien, président de la Fédération Addiction)

27 avril 2017 : Usages traditionnels et modernes de psychotropes

  • Silvia Vignato, anthropologue, Professeure à l’Université de Milano-Bicocca "Métamphétamines et ganja : la drogue dans l’environnement rural villageois en Aceh (nord-ouest de Sumatra)"
  • Eric Wittersheim, anthropologue, MC à l’EHESS de Paris "Consommation et prohibition du Kava dans les îles du Pacifique"

Discutant : Bertrand Lebeau, médecin, membre de SOS Addictions

Dans cette séance, nous nous interrogeons sur les usages traditionnels et modernes de psychotropes, prenant comme terrain d’observation l’Indonésie et les îles du Pacifique. Dans ces régions, la consommation de certaines substances psychotropes est ancestrale et diffuse dans la population, qu’il s’agisse du bétel, de l’opium, du cannabis, de champignons psilocybes ou du kava.
Cette dernière substance, une boisson extraite d’une plante océanienne de la famille du poivrier, est consommée depuis des siècles aux îles Vanuatu, épicentre de sa culture, et s’est répandue dans toutes les îles du Pacifique et en Australie à des époques plus récentes. L’expansion géographique de sa consommation a produit une législation prohibitionniste dans plusieurs pays importateurs au début des années 2000, mais depuis sa légalité ou illégalité est très controversée dans plusieurs pays.
Dans la province d’Aceh, au nord-ouest de Sumatra, première région islamisée d’Indonésie au XIIIe siècle, « véranda de La Mecque », où depuis 2001 est appliquée la Charia, la ganja est traditionnellement consommée par une partie importante de la société. Plus récemment, c’est la consommation de métamphétamines qui s’est diffusée dans cette société rurale, martyre du tsunami de 2004, la stricte prohibition de l’alcool contribuant probablement à la recherche d’autres psychotropes.

11 mai 2017 : L’évolution des consommations d’opiacés en Iran et en Grèce

  • Maziyar Ghiabi (politiste, doctorant Oxford University), « Une histoire du présent des drogues : opium, héroïne et méthamphétamines en Iran »
  • Konstantinos Gkotsinas (historien, docteur EHESS), « Flux et reflux de l’héroïne dans la société grecque au XXe siècle »
  • Discutant : Michel Kokoreff (sociologue, professeur à l'Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis)

8 juin 2017 : Vers un monde avec drogues ?

  • Raquel Peyraube (médecin, conseillère du gouvernement d’Uruguay), « Légalisation et régulation du cannabis en Uruguay »
  • Anne Philibert (sociologue, doctorante Université de Genève), « Les politiques de régulation des drogues en Colorado, Uruguay, Hollande »
  • Esther Benbassa (sénatrice EELV, rapporteur du projet de loi de légalisation du cannabis en France), « Sortir de la prohibition, réguler le commerce et la consommation du cannabis »
  • Discutante : Julia Monge (sociologue)

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulés généraux :

Direction de travaux d'étudiants :

sur rendez-vous par courriel.

Réception :

sur rendez-vous par courriel.

Niveau requis :

aucun.

Adresse(s) électronique(s) de contact : alessandro.stella(at)wanadoo.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 29 mars 2017.

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