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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Le modèle californien : industrie numérique et acteurs du collaboratif

  • Olivier Alexandre, postdoctorant, Labex ICCA ( IMM-CEMS )
  • Monique Dagnaud, directrice de recherche émérite au CNRS (*) (TH) ( IMM-CEMS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

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Mercredi de 11 h à 13 h (salle 3, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 2 novembre 2016 au 15 février 2017. Cf. les changements de salle dans le calendrier détaillé ci-dessous. La séance du 1er février est annulée et sera reportée à une date ultérieure

Un nouvel imaginaire politique s’est déployé à partir des années 1970 en Californie. S'exprime alors une utopie sublimant l’idée d’autonomie à travers des outils connectés et l'organisation en réseaux; elle repose sur la liberté de circulation des flux d’information et le partage désintéressé des contenus. Free, Free Speech, Free of charge, posent les principes de cette philosophie politique. Elle s'accompagne d'une promesse: celle d'une société de l’innovation, de l’entrepreneuriat et de la libre association, d'une économie du partage et de la collaboration, inscrivant la réciprocité créatrice comme matrice. Les retombées sociales et les implications financières de ce modèle en ébranlent aujourd'hui les fondements. Ce séminaire, partant des racines historiques du modèle californien, explore cette tension : entre métamorphose du capitalisme et émergence d'un ethos spécifique. Y viendront s’exprimer des chercheurs et des acteurs de ce mouvement.

Programme :

2 novembre : Le Modèle Californien. Une économie monde, un projet culturel, des défis sociaux

  • Monique Dagnaud (CNRS/ EHESS), Olivier Alexandre (Labex ICCA/Stanford) 

9 novembre (salle 015) : Network Celebrity : Entrepreneurship and the New Public Intellectuals

  • Fred Turner (Stanford University)

16 novembre : L’économie collaborative comme projet politique

  • Diana Filippova  (Microsoft/OuiShare), « L’autonomie dans le travail : un enjeu politique de l’ère numérique ? »
    En quoi le numérique constitue une ressource pour l’émancipation individuelle? Les nouvelles technologies redéfinissent le rapport au temps et au soi, aussi bien que le rapport de subordination de l’employeur à l’employé. Il s’agira d’évoquer plus particulièrement les contrats de travail et formes d’employabilité de l’économie collaborative.
  • Monique Dagnaud (EHESS/CNRS), « L’économie collaborative, versant humaniste »
    En tant que technologie, le numérique a généré  des formes inédites de solidarités. Trois processus  historique y participent : les utopies du Net de la première génération ;  un nouveau rapport au travail et au temps caractéristique d’une « réciprocité créatrice » ; des actions concrètes d’échanges opérées à partir de plateformes collaboratives et prolongés dans le monde physique.

23 novembre (salle 015) : Startups, une nouvelle vague

  • Michel Grossetti (CNRS/EHESS) et François-Xavier Hussherr (Gutenberg Technology)

30 novembre : Démo et capital-risque : procédés et conditions d’émergence de l’industrie numérique

  • Claude Rosental (Cnrs/Ehess). Cette présentation prendra pour objet les conditions sociales des échanges propres à la Silicon Valley depuis la seconde moitié du 20e siècle jusqu’à nos jours. Il s’agira de montrer comment les relations contractuelles, les partenariats et les transactions entre universitaires, industriels, et représentants de l’administration fédérale et de la défense ont été structurés en partie par trois dynamiques : 1. le développement de modes spécifiques de régulation au sein d’un complexe militaro-industriel, 2. l’essor d’un régime d’entreprenariat scientifique et 3. le déploiement de modes d’interaction marqués en particulier par la réalisation de démonstrations publiques de technologie, appelées aussi « démos ».
  • Michel Ferrary (Université de Genève). We still poorly understand why Silicon Valley has originated so many breakthrough innovations and large companies. This talk, based on complex network theory, will analyze the innovative capability of Silicon Valley  and the multiplexity of ties that support creation and development of high-tech start-ups. In this perspective, what is distinctive about Silicon Valley is its complete and robust complex system of innovation supported by social networks of interdependent economic agents in which the VC firms have a specific function. Our perspective examines five different contributions of VC firms to Silicon Valley: financing, selection, collective learning, embedding and signaling. These five functions are different ways for the VC firms to interact with the other members of the complex network of innovation and to support the robustness of the system.

7 décembre : Internet et l’empowerment de l’individu

  • Dominique Cardon (Sciences Po/Medialab). Entre empowerement et digital labor. Comment étudier les pratiques numériques ?

Dans cette présentation, on se propose de revenir sur le changement de cadre d’analyse dans les interprétations des comportements des internautes. Alors que les formes de production, d’échange et de coopération favorisées par les technologies numériques ont longtemps été analysées comme un facteur d’émancipation et d’empowerment des individus, ces pratiques sont désormais considérées comme une forme d’exploitation et d’aliénation. On proposera un diagnostic de ce changement de paradigme en revenant sur la manière dont les travaux de sciences sociales ont étudié les pratiques d’échanges et de coopération sur Internet.

  • Nathan Stern (Peuplade,Voisin-Age, Happy Week). Une nouvelle éthique pour l’économie collaborative ?

L’exposé concernera la transformation de la notion de valeur introduite par Internet et les technologies numériques. Ce ne sont plus des autorités ou des institutions qui définissent la valeur des actes ou des choses mais des communautés – en référence à leurs aspirations, leurs envies et leurs centres d’intérêt. Au lieu des prix de marché ou d’académie délivrés par des instances, des processus collaboratifs concourent à créer et définir les valeurs. Cette transformation introduit une rupture dans la production de la légitimité : les appréciations, les témoignages, le feedback instantanés priment sur le jugement long des institutions, perçus comme arrogant ou daté. Les procédures d’évaluation horizontales et non de surplomb s’imposent dès lors. On évoquera la manière dont Uber, Blablacar, AirBnB, Amazon ou Google (à travers le PageRank) favorisent l’émergence d’une éthique  collaborative, ouverte, tolérante, innovante et empirique et défiante à l’égard de la morale des institutions.

En liens avec la séance

  • Benkler Yochai, Nissenbaum Helen, « Commons-based Peer Production and Virtue », The Journal of Political Philosophy, vol. 14, n°4, 2006, pp. 394-419.
  • Cardon Dominique, Casilli Antonio, Qu’est-ce que le digital labor ?, Paris, INA Editions, 2015.
  • Dagnaud Monique, A quoi rêvent les sociologues des algorithmes?, Telos, 10 février 2016.

14 décembre :  Une économie politique du numérique : Bitcoin-Blockchain

  • Benjamin Loveluck (Telecom ParisTech). Économie politique du numérique, idéologies et pratiques. Le cas du Bitcoin

Avec le numérique, les paramètres de l’économie politique ont été profondément remodelés. Quelles idéologies ont-elles été mobilisées, et comment s’articulent-elles avec les pratiques effectives des acteurs ? On s’intéressera ici au cas de la « cryptomonnaie » Bitcoin, en présentant d’une part les discours de justification qui sont venus appuyer son émergence, et en examinant d’autre part le fonctionnement de la blockchain comme système de coordination sociale.

  • Nicolas Loubet (Cellabz). Que nous apprend TheDAO des organisations pilotées par des algorithmes ?

 The DAO a été entre le printemps et l’automne 2016 l’une des expérience de gouvernance les plus spectaculaires de « l’ère numérique ». Reposant sur la blockchain Ethereum, elle a permis de déployer la plus grande campagne de socio-financement de tous les temps, son capital oscillant entre 160 et 230 millions d’équivalent dollars. Stoppée suite à un conflit logiciel, cette expérience a permis de tester la résilience d’un système d’information reposant sur une blockchain. Le but de cette intervention est de déconstruire les discours, révéler les pratiques et spéculer sur notre devenir dans le monde qui vient.

En lien avec la séance :

11 janvier (salle 015) : Les fablabs ou l’art du faire

  • Marie-Christine Bureau (CNAM) et Vincent Guimas (Les arts codés, Nouvelle Fabrique)

Comment le mouvement maker a-t-il émergé en France ?  Peut-on relier son développement aux processus de rationalisation du travail ? En quoi les expériences menées au sein des fablabs, hackerspaces et autres makerspaces interrogent-elles les formes instituées de régulation du travail et permettent-elles d’en imaginer de nouvelles ? Les chantres de l’innovation des grandes capitales proposent aux citoyens un nouveau récit populaire, une nouvelle histoire de l’économie productive : la « smart manufacturing city ». La transformation de friches industrielles en des espaces composites (souvent qualifiés de « tiers lieux ») ouvre ainsi un questionnement sur l’émergence de nouvelles figures comme celle du designer-médiateur ou celle de l’artisan numérique. L’intrigue séduit et trouve l’adhésion d’une large partie des acteurs économiques et politiques. Les espaces de co-working, living Labs, makers spaces, FabLab, deviennent alors des chambres d’écho et des laboratoires d’expérimentation pour tester des grammaires possibles de relation entre l’offre et la demande à l’échelle d’un quartier. À partir d’exemples concrets, nous interrogerons les enjeux qui se font jour à travers ces expérimentations.

En liens avec la séance :

18 janvier : Le numérique : une question de genre

  • Josiane Jouët (CARISM/IFP-Paris II), « Le numérique : quels enjeux pour l’émancipation des femmes ? »
    L’usage massif par les femmes d’internet et des réseaux sociaux signifie-t-il pour autant la disparition des inégalités de genre dans l’appropriation des technologies de l’information et de la communication ? Ce questionnement sera abordé à l’aune de plusieurs entrées : la persistance de la marginalisation des femmes dans les secteurs de la conception et de la production des technologies informatiques comme dans les autres domaines de pouvoir ; le maintien de disparités de genre dans les pratiques culturelles et communicationnelles en ligne. Si les pratiques des outils numériques témoignent des clivages sociaux, ces technologies sont aussi des ressources pour l’émancipation individuelle et collective. L’espace numérique est ainsi devenu un nouveau terrain de lutte féministe comme en témoigne l’explosion des collectifs en ligne qui défendent leurs causes et font face à la montée du cyber-sexisme.
  • Céline Aussal-Heller (Google France/Sciences Po Paris), « La révolution digitale, une réelle opportunité pour les femmes »
    Les transformations technologique en cours augurent d’une réelle et profonde révolution, qui impactera les modes de consommation, de travail, les relations entre les individus, à commencer par la place et le rôle des femmes dans la société. Comment se positionne-t-on en tant que femme dans le monde digital d’aujourd’hui et comment le fera-t-on demain ?

En liens avec la séance

25 janvier (salle 015) : L’ubérisation de l’économie

  • Bruno Teboul. Conséquences économiques, sociales et politiques de l’Uberisation

L’uberisation et l’automatisation de la société, nous imposent une vision critique, que nous mènerons en déconstruisant les concepts de Schumpeter (« destruction créatrice ») et de Sauvy (« déversement »), pour proposer une théorie de la « disruption destructrice ». L’avènement d’un « robotariat » (conséquence du chômage technologique massif à venir), où seuls les plus diplômés en « technosciences » pourront travailler aux côtés d’Intelligences Artificielles, qui fera inexorablement émerger un « nouvel élitariat ». L’urgence est à la mise en place d’une « économie du partage », des « communs », du « revenu universel », de la formation aux cultures numériques, d’une nouvelle réduction du temps de travail…

  • Edwin Mootoosamy. Economie collaborative, nouveau cycle de destruction créatrice ?

L’économie collaborative fait aujourd’hui l’objet d’une critique centrée sur la précarisation de l’emploi. Nous tenterons de replacer dans un contexte plus large l’émergence et la diffusion de cette nouvelle économique, en questionnant la place de croissance dans une société numérique et l’impact de la rhétorique libérale sur notre capacité d’action.

En lien avec la séance :

1er février : Les territoires du numérique : Paris, entre écosystèmes et labels

  • Yann Dalla Pria (Paris X) et Sandrine Murcia (Connecthings)

8 février (salle 015) : « La Silicon Valley et la politique aux États-Unis : vers un nouveau paradigme idéologique ? »

  • Monique Dagnaud, Olivier Alexandre
  • Présentation de Nicolas Colin

L’objet de l’intervention sera d’analyser la place et l’influence de la Silicon Valley dans le système politique américain. La perspective de long terme est celle de la transition numérique, mais il s’agira aussi d’évoquer les péripéties et renversements d’alliances qui font suite à l’élection de Donald Trump et à ses premières décisions.

En liens avec la séance

15 février (salle 015) : « Les developers, d'un monde à l'autre »

  • Paris Chrysos (ISC Paris). Ce que les SHS n’ont pas trouvé dans le numérique: la classe des développeurs

Imaginaire, culture, contreculture, usages, réseaux, communautés… Plusieurs dimensions de la révolution numérique ont été examinées par les Sciences Humaines et Sociales. Or, les SHS n’ont pas pu voir le développeur, l’acteur des transformations en cours agissant au cœur de l’émergence et de l’expansion des nouvelles technologies. Partant de l’ouvrage Les développeurs, cette présentation révélera les modes de formation et d’action de cette classe qui ne respecte pas suffisamment les cadres habituelles d’analyse sociale et économique pour qu’elle devienne visible aux chercheurs.

  • Erin McElroy (UC Santa Cruz/cofounder of the Anti-Eviction Mapping Project). Gentrification through Techno-Utopics: On Bay Area Racialized Dispossession

In this talk, Erin McElroy, will highlight ways in which Silicon Valley techno-utopic fantasies precipitate contexts of Bay Area gentrification. From Google Buses facilitating new forms of urban settlement/eviction, to digerati dorms replacing SRO hotels with tech and tourist hubs, « Tech Boom 2.0 » freedom fantasies of some are eviction notices to others. Studying racial dispossession incited by the most recent Tech Boom, McElroy weaves together the maps and analytics of the Anti-Eviction Mapping Project – a data visualization, data analysis, and storytelling collective documenting the dispassion and resistance of Bay Area residents.

En liens avec la séance :

> Sur l’Anti-Eviction Mapping Project:

Gilmore-Innis Kelsey, McElroy Erin, « Tech Workers and the Eviction Crisis« , Model View Culture, February 24th 2014.

McElroy Erin, Opillard Florian, « Les villes américaines dans l’action. Objectivité dans l’action et cartographie dans collective dans le San Francisco néolibérale. Du travail du collectif du collectif Anti-Eviction Mapping Project« , Urbanités, Novembre 2016.

Aires culturelles : Amérique du Nord, France,

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

Centre : IMM-CEMS - Centre d'étude des mouvements sociaux

Renseignements :

contacter Monique Dagnaud ou Olivier Alexandre par courriel.

Secrétariat : guillaume.braunstein(at)ehess.fr

Direction de travaux d'étudiants :

contacter Monique Dagnaud par courriel.

Réception :

contacter Monique Dagnaud ou Olivier Alexandre par courriel.

Niveau requis :

master 1.

Site web : https://modcalifornien.wordpress.com/a-propos/le-modele-californien/

Adresse(s) électronique(s) de contact : dagnaud(at)ehess.fr, olivier.alexandre(at)ehess.fr, guillaume.braunstein(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 10 février 2017.

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