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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Perception du climat

  • Martin de La Soudière, chargé de recherche au CNRS (*) ( IIAC-CEM )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Martine Tabeaud, professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ( Hors EHESS )
  • Anouchka Vasak, maître de conférences à l'Université de Poitiers ( Hors EHESS )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e jeudi du mois de 15 h à 17 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 17 novembre 2016 au 15 juin 2017

Pour l'analyse du fait climatique dans sa double dimension, sociale et culturelle, sont convoquées ici de nombreuses disciplines : climatologie, géographie, histoire, sociologie, anthropologie. Centré sur la France et l'Europe, le séminaire s'ouvre à des pays extra-européens, en cohérence avec la diversité géographique des chercheurs concernés regroupés sur notre site internet (« perception climat »).

Après avoir envisagé la première année l'incidence du climat dans l'exercice de différentes professions (marins, architectes, etc.), puis ses représentations différentielles selon plusieurs aires culturelles (Grande-Bretagne, Mexique, Groenland, Japon…), les différents aspects du climat vécu dans le bassin méditerranéen, la protection contre le mauvais temps (2014-2015), les liens entre guerre et météo (2015-2016), cette année sera consacrée au thème :

Sports et météo

Tour de France 2016 : une arrivée le 10 juillet sous la grêle à  Andorre, celle du 14 juillet abrégée afin d’éviter le sommet du  Ventoux, jugé trop venteux... La météo de « la grande boucle » aura  comme chaque année joué les trouble-fêtes ici ou là. En juin, la  finale du tournoi de tennis de Stuttgart est reportée au lundi à cause  de la pluie. Pas un seul tournoi qui ne veuille son arène couverte ! Il  en est de même de toutes les infrastructures accueillant de grands  événements sportifs autrefois « en plein air ».  Pour le championnat  d’Europe de football, qui s’est déroulé en France en  juin-juillet  2016, Marseille a agrandi mais surtout couvert son stade Vélodrome.

On pourrait multiplier les exemples. Avec les accords coûteux pour diffuser en live à la télévision,  sur internet, les exploits de ces héros, il n’est plus question  que « la météo » perturbe le spectacle. Les sportifs, les architectes,  les météorologues et bien d’autres, doivent s’adapter... On sait qu’un service de Météo France est dédié uniquement aux sports : Météo France Sports, qui propose l’expertise de météorologues  spécialisés pour assurer la sécurité des événements et prodiguer des  prévisions à court terme sur place ou à distance. Mais on connaît  moins d’autres aspects du lien de dépendance  entre le temps qu’il fait et le vélo, le marathon, l’alpinisme, la course à la voile, etc. Ce sont ces interférences multiples que nous examinerons cette année.

17 novembre 2016 : Introduction au thème de l’année : Martine Tabeaud et FENOUIL, sportif, journaliste, écrivain, organisateur d’événements sportifs (auto, moto, camion) dont le Paris-Dakar et le rallye des Pharaons « Tu récolteras la tempête »

15 décembre 2016 : Olivier Sirost (sociologue, professeur à l'Université de Rouen, directeur du CETAPS EA 3832, « Meteôra Sportivus »
Il n’y a plus de saison, ni dans les variations météorologiques ni dans le calendrier des compétitions sportives. Le sport médiatisé serait-il le témoin privilégié de perturbations cosmiques laissant voir des trombes de grêle en plein été sur une étape du tour de France, une canicule qui s’invite tardivement sur un triathlon ou des blocs de glace à la dérive télescopant les skippers de courses au large ? Le sport a aussi contribué à donner ses lettres de noblesse à la météorologie (principal alibi des déambulations bourgeoises dans la nature), et rendant les saisons belles selon le mot de Colette.
Les phénomènes ou corps célestes des anciens grecs s’inscrivent pleinement dans les théogonies hésiodiennes. Le petit corps céleste qui illumine le ciel et vient s’échouer sur terre irradie quotidiennement ce qu’il convient de qualifier une météorologie sportive. Selon les hygiénistes ou les vitalistes c’est ainsi que le divin inexplicable passe dans le corps, et continue d’alimenter les théories les plus folles du sport. Les perturbations du climax se sont dédoublées métaphoriquement des perturbations et ondoiements médiatiques que nos congénères suivent sur le petit écran autant que la prédiction du temps qu’il fera. À travers la naissance des sports et de leur bavardage nous tenterons d’écouter ce que nous racontent ces météores sportifs.
 À l’instar des théogonies hésiodiennes, les sports modernes sont nés pour partie d’une énergétique divine. Le marathon olympique dont l’histoire est rattachée à l’aéropage raconte comment les eaux et le ciel viennent aux hommes. Les héros marathoniens modernes sont les météores des déchainements climatiques : le rameau d’Oliver venue du bois d’Olympie porté par le berger Spyrídon Loúis, les défaillances de Michel Johann Théato en 1900 par 32°, le finlandais volant sous la pluie à Anvers Hannes Kolehmainen, les hallucinations liées à la chaleur (36° à l’ombre) de Melbourne pour Alain Mimoun, le corps incassable du messager égyptien aux pieds nus Abebe Bikila, en passant par les athlètes des hauts plateaux à l’instar de Gezahegne Abera, Samuel Kamau Wanjiru ou Eliud Kipchoge.
Les autres épreuves sont également toutes imprégnées d’une climatologie singulière comme le miraculé James Cleveland Owens souffrant de pneumonies chroniques « L’araignée de l’espace », surnom donné à Bob Beamon après qu’il ait battu le record du monde avec 8m90 au saut en longueur (discipline où on homologue les performances selon la vitesse du vent) aux JO de 1968 et qu’un violent orage s’abatte sur le stade, auquel succèdera l’ « olympien » Carl Lewis ramenant l’athlétisme dans des valeurs de neutralité climatique (altitude, vent) et incarnant le passage aux tempêtes médiatiques liées aux affaires de dopage. Et plus précisément à partir de 1996 dans le cadre des World Meteorological Day qui interroge le sport weather.
Un cosmos parménidien est également à l’œuvre dans les racines historiques du sport, en particulier via le plein air qui favorise le développement d’un néo hippocratisme sportif dont les fondements serviront longtemps de préparation athlétique aux athlètes à l’instar du parc Pommery et de l’hébertisme, ou plus tard de Font-Romeu. Là aussi les météores sont légion en citant les hommes poissons des bassins en plein air ou le dieu vivant du beach volley baptisé sand man.
À l’heure où les exergames et E-sports redessinent la cosmologie sportive il convient de s’interroger sur ces liens célestes et corporels d’un univers hypermédiatisé dont le bavardage incessant semble très proche des chroniques météo et de l’horoscope dans notre mana quotidien.

19 janvier 2017 : Laurent Grélot (Staps /Physiologie-Neurosciences, Département Hygiène, Sécurité, Environnement – IUT à La Ciotat - AMU), « Pratiques sportives en environnements chauds et froids : analyse des risques et recommandations sanitaires »
L’Homme est un mammifère aérien homéotherme. De fait, il échange de façon quasi permanente de la chaleur avec son environnement naturel.
Son travail et/ou ses activités physiques et sportives réalisés en extérieur sont soumis aux conditions météorologiques et à leurs variations plus ou moins rapides. Cela peut l’amener à évoluer dans des environnements extrêmement chauds (militaires en opex au Mali, marathon des sables, championnats du monde UCI-2016 au Quatar,…) ou à l’inverse extrêmement froids (scientifiques en antarctique, himalayistes,…).
Dans ces milieux « thermiquement défavorables », la simple mesure de température de l’air ne permet pas à elle seule de déterminer le niveau de contrainte thermique subit par une personne. L’humidité et l’absence de couverture nuageuse en milieu chaud, ou le vent en milieu froid peuvent démultiplier ces contraintes thermiques et conduire à des inconforts, des blessures voire au décès des personnes évoluant dans ces milieux « extrêmes ». Cela est pire encore lorsqu’on s’aventure dans le milieu aquatique (nages polaires de Lewis Pugh, traversée de la manche à la nage,…), puisque dans l’eau les échanges thermiques sont plus amples et bien plus rapides que dans l’air (la conductivité thermique de l’eau valant 25 fois celle de l’air).
Pour entrevoir la dangerosité des ces milieux extrêmes, notre exposé abordera: i/ les méthodes de mesure des contraintes thermiques (refroidissement éolien et température ressentie, WBGT et indice humidex) imposées par ceux-ci, ii/ les principales astreintes physiologiques (au regard de caractéristiques anthropométriques : rapport surface/masse corporelle ; thermophysiologie : variations métaboliques, sudation, vasoconstriction cutanée, …) et psychologiques (surmotivation/« destinationite », ...) qui en résultent (adaptation aiguë), iii/ la physiopathologie (déshydratation, crampes, syncopes thermiques et coup de chaleur d’exercice, hypothermie centrale et gelures) des ambiances chaudes et froides (mal-adaptation et ruptures homéostasiques), et iiii/ les moyens de prévenir ces dangers (acclimatation, habillement, connaissances des facteurs personnels de prédisposition : pathologies infra-cliniques, médication, usage de toxiques,…) ou de traiter les pathologies quand elles sont malheureusement déclarées.

16 février : professeur Bernard ANDRIEU, philosophe, STAPS, université Paris Descartes, auteur de : Se fondre dans la nature. Essai sur la cosmose (Montréal, éd. Liber) "Ecologie corporelle des pratiques sportives : De la géographie à « l’émersiologie » (le rapport aux 4 éléments)

L’écologie n’est pas un discours, c’est une pratique corporelle qui engage notre responsabilité quotidienne : au quotidien a travers une réflexion sur nos gestes et ses conséquences pour autrui et la nature. Prendre soin de soi, des autres et de la nature est une même éthique concrète : L’écologie corporelle est une pratique de soi qui prend soin des autres par ses choix de vie. L’écologie corporelle des quatre éléments[1][1] s’harmonise en nous et par nos choix éducatifs[1][2] et techniques. La recherche de son bien être ne peut plus se réaliser sans la santé de la planète[1][3]. La possibilité d’un retour à l’état de nature sus la forme d’un chaos catastrophiste n’est pas loin tant les éléments semblent se retourner contre nous. Notre potentiel écologique ne réside plus dans nos actions de préservation des espèces et du patrimoine naturel. Il est en nous dans notre style de vie, nos modes de production et de consommation. Consommer de manière responsable sans immersion dans le produit revient à négliger sa densité, son origine et son trajet jusqu’à notre corps. Au lieu de nous corpocentrer, il convient de se retrouver dans les éléments : les éléments pénètrent notre corps nous écologisant à l’instant même de la respiration, du goût, de la chaleur ou de la profondeur.

[1]. Marco Pinna, 2009, Eau air terre feu : La galerie photo National Geographic, ed National Geographic,
2. Jean Roba, 1986, J'apprends... l'air, le feu, la terre, et l'eau avec Boule et Bill, Paris, Dargaud / Walter Kraul, 1989, Earth, Water, Fire and Air: Playful Explorations in the Four Elements, Floris Books, 3ed 2010.
3. John Emsley ed., 2010, Healthy, Wealthy, Sustainable World, Royal Society of Chemistry

16 mars : Marianne Lyon-Caen (responsable de Météo-France Sports), « La météo des compétitions sportives »
Pour avoir su saisir les besoins pointus du monde de la compétition sportive, Météo-France a pu développer des prestations sur mesure pour cette « niche », qui font référence aujourd'hui sur le plan international.
Ce domaine exige, plus que bien d'autres, une météorologie pleinement opérationnelle et une écoute scrupuleuse des besoins :

  • les moyens techniques doivent fonctionner au quart de tour
  • les résultats (les prévisions, qu'elles soient à long, moyen , court ou très court terme) doivent pouvoir être appropriés immédiatement par les preneurs de décision.
  • les météorologues doivent être particulièrement autonomes, intégrés chez les clients, tout en montrant une grande discrétion.

Quelques exemples montreront combien les prévisions « sports » peuvent être économiquement et stratégiquement essentielles pour la compétition: la sécurité de l'évènement, le planning et ses enjeux médiatiques mais aussi la tactique choisie par le champion en dépendent bien souvent.

20 avril : Sylvain MONDON, Ingénieur météorologue à l'Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique (MEEM), doctorant au Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches en Sciences de l'Action (CNAM). "Percevoir la situation météorologique en course à la voile, un défi pour prendre un temps d'avance"

18 mai : Christine KOSSAïFI, professeure agrégée de lettres classiques, docteure de grec ancien, chercheuse autonome, associée au CELIS (Centre de recherche sur les LIttératures et la Sociopoétique), université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand. "Le marathon en Grèce ancienne. Formes mythiques et significations culturelles"

Il est toujours délicat d’aborder l’antiquité à travers des notions modernes : le lexique, les sensibilités, les connaissances, les civilisations diffèrent. Mais quand il s’agit de météo et de sport, la difficulté est encore plus grande, puisque les textes anciens ne parlent pas du temps qu’il faisait lorsque les épreuves sportives avaient lieu. Alors ? Est-ce à dire qu’il s’agit d’une dialectique invalide ? Que nenni ! En prêtant l’oreille à ce que nous disent les poètes et en prenant, avec eux, des chemins de traverse, nous croiserons la vitesse du vent à la rapidité de la course – une activité bien grecque, celle-là ! Nous suivrons ainsi trois sentiers différents et pourtant complémentaires : ceux de l’étymologie, de la poésie et du mythe historique.

La météorologie, qui comprend à la fois l’étude des phénomènes atmosphériques et celle des corps célestes, est, étymologiquement, en lien avec ce qui est / ce qui s’élance dans l’air, et ce mouvement d’élévation caractérise également la course, qu’elle se fasse à pied, à cheval ou en char. Les diverses reproductions artistiques et les témoignages littéraires attestent de ce lien, dont témoigne aussi, au niveau du panthéon cosmique, la remarquable convergence entre dieux des phénomènes atmosphériques et dieux des jeux sportifs.

Cette riche et subtile relation se lit, bien évidemment, chez les poètes. Avec les jeux improvisés par Alcinoos, au chant VIII de l’Odyssée, et ceux, funèbres, offerts par Achille en l’honneur de Patrocle, au chant XXIII de l’Iliade, l’épopée homérique marie souffle des vents et feu caniculaire. Les poètes épiniciens, et en premier lieu, Pindare et Bacchylide, vont à sa suite chanter les vainqueurs aux jeux et consacrer l’image du coureur, divinité, homme ou cheval, aux pieds de tempête.

Enfin, le lien entre météo et sport s’incarne avec force dans le mythe historique du coureur de Marathon, marqueur identitaire d’une Grèce idéale et origine de notre propre marathon. Qu’il s’agisse d’une course en armes épuisante par temps chaud ou de la rencontre d’un hémérodrome et du dieu Pan, cette légende traduit une sensibilité profonde aux forces obscures qui régissent et unissent le cosmos et l’humain.

Intitulés généraux :

Centre : IIAC-CEM - Centre Edgar Morin

Renseignements :

Martin de La Soudière, Centre Edgar Morin, 22 rue d'Athènes 75009 Paris, tél. : 01 43 27 16 71,

Martine Tabeaud, Institut de géographie, 191 rue Saint-Jacques 75005 Paris, tél. : 01 45 43 26 72.

Adresse(s) électronique(s) de contact : martin.de-la-soudiere(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 9 mai 2017.

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