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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Une introduction à l'ethnométhodologie

  • Michel Barthélémy, chargé de recherche au CNRS ( IMM-CEMS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Baudouin Dupret, directeur de recherche au CNRS (TH) ( IMM-CEMS )
  • Yaël Kreplak, postdoctorante (Labex CAP & CEMS – IMM/EHESS) ( IMM-CEMS )
  • Julia Velkovska, chercheure au Laboratoire des sciences sociales (SENSE), Orange Labs ( Hors EHESS )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e vendredi du mois de 11 h à 13 h et de 14 h à 16 h (salle 015, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 14 octobre 2016 au 12 mai 2017. La séance du 14 octobre se déroulera en salle 2 (même adresse). Séance supplémentaire le 18 novembre (salle 015)

La séance du 12 mai 2017 se déroulera en salle A05_51 (5e étage) 54 bd Raspail 75006 Paris.

Le séminaire vise à donner un aperçu assez complet des différentes méthodes d’enquête qui se sont développées au sein de l’ethnométhodologie, sous l’impulsion initiale de ses fondateurs : Harold Garfinkel et Harvey Sacks. L’orientation propre à ce courant de recherches est largement redevable à Garfinkel : sa découverte d’une voie négligée de la pensée de Durkheim, qui considère l’objectivité des faits sociaux comme le phénomène fondamental de la sociologie, a donné corps à l’ethnométhodologie en tant que telle. Sacks, quant à lui, à partir de l'analyse de la catégorisation et l’analyse conversationnelle qu’il a initiées, a introduit des dispositifs permettant l’analyse rigoureuse des phénomènes qui sont au cœur de l’analyse sociologique, à savoir l’action sociale et l’ordre social, dès lors qu’ils sont appréhendés dans leur milieu d'occurrence naturel, à partir des activités de la vie courante de ses membres et comme un produit de celles-ci.

Chaque séance de ce séminaire est conçue comme une porte d’entrée à l’approche ethnométhodologique, c’est-à-dire à l’examen des méthodes empiriques et culturelles par lesquelles les membres d’une société font précisément société. Au fil de l’année, dans le prolongement du programme de l'année 2015-2016, nous aborderons en détail quelques-unes des principales procédures qui sont au cœur du programme ethnométhodologique : l'objectivité des faits sociaux comme accomplissement pratique, l’analyse des catégorisations d’appartenance, l’analyse conversationnelle, les paires Lebenswelt et l’analyse des actions instruites, la question de l'ordre social au prisme de l'accountability et des breaching experiments, la temporalité et l’historicité de l’action, etc. Cette année, le séminaire distinguera deux types de séances qui se suivront dans la même journée : les unes consacrées à la présentation des notions-clés de cette approche ; les autres dédiées à des lectures et examens de textes en commun et à la discussion de recherches récentes ou en cours, entre les animateurs et les participants au séminaire.

Ce séminaire est accessible sur la plateforme d'enseignement de l'Environnement numérique de travail de l'EHESS :

Programme :

14 octobre :

  • 11h-13h. Séance introductive (par Julia Velkovska)
  • 14h-16h. Actions pratiques et structures formelles - autour de Sacks et Garfinkel (1970) (par Michel Barthélémy)* (* ce texte est accessible en annexe de la traduction de l'ouvrage de Harold Garfinkel, Recherches en ethnométhodologie. Il peut être envoyé sur demande à mon adresse mail.)

18 novembre :

  • 11h-13h. Sens commun, breaching experiments et raisonnement en normalité (par Baudouin Dupret)
  • 14h-16h. Livingston, Making Sense of Ethnomethodology et Liberman, More Studies in Ethnomethodology (par Baudouin Dupret)

13 janvier :

  • La séance de 11 h à 13h  sera consacrée à un exposé sur l'approche de la catégorisation en ethnométhodologie, par Julia Velkovska.
  • L'après-midi (14h-16h), nous entendrons Fabienne Malbois (Université de Lausanne, THEMA), pour un exposé intitulé : "Catégorisations, médias et temporalité : quelques réflexions à partir du cas de Chelsea (Bradley) Manning", dont vous trouverez une présentation détaillée ci-dessous.

Vous trouverez sur le Moodle trois articles de Fabienne Malbois, en lien avec les problématiques qui seront abordées pendant la séance.

Fabienne Malbois (Université de Lausanne, THEMA) Catégorisations, médias et temporalité : quelques réflexions à partir du cas de Chelsea (Bradley) Manning

Soldat anonyme parmi tant d’autres jusqu’à ses 23 ans, Bradley Manning est entré avec fracas dans l’espace public au niveau états-unien, puis mondial. Le 7 juin 2010, The New York Times rapporte l’annonce de son arrestation et de sa détention provisoire, qui a été diffusée la veille par Wired, le magazine californien spécialisé dans les nouvelles technologies : le Pentagone soupçonne ce jeune analyste du renseignement, qui était en mission dans une base militaire américaine en Irak, d’avoir transmis quelques mois plus tôt à WikiLeaks une énorme masse de documents classifiés, dont la fameuse vidéo dite du « collateral murder ». Depuis ce jour, au rythme des pénibles audiences préliminaires qui s’étirèrent de l’automne 2010 au printemps 2013, des trois mois que dura son procès à l’été 2013, puis de son incarcération, pour une durée de 35 ans, dans la prison militaire de Fort Leavenworth, nombreuses furent les apparitions publiques de Manning. Parmi les plus retentissantes, l’on peut compter : les multiples récits prenant en charge de raconter la vie du célèbre whistleblower afin de cerner ses motivations ; la déclaration que Bradley Manning fit par médias interposés, le lendemain de la clôture de son procès (22 août 2013), pour dire qu’il était une femme répondant au nom de Chelsea ; la substitution dans l’encyclopédie en ligne Wikipédia, après des débats animés, de l’article biographique consacré à Bradley Manning par un article intitulé « Chelsea Manning » ;  mais aussi l’entretien accordé par Chelsea Manning au magazine féminin Cosmopolitan le 8 avril 2015 ; les différentes chroniques signées par la prisonnière transgenre dans The Guardian.com et le blog Medium ; et, pour finir, la demande en grâce, appuyée par une pétition ayant force obligatoire, qu’elle a adressée en décembre 2016 au président Barack Obama.

La circulation de Chelsea (Bradley) Manning dans l’espace public médiatique, au sein du cadre temporel préalablement défini, sera au centre de ma présentation Plus particulièrement, je mettrai l’accent sur le rapport à éclipses vis-à-vis de l’ethnométhodologie, fait d’emprunts et de déplacements, que l’étude de la trajectoire de ce « mobile muable » enjoint d’adopter. Tout d’abord, il s’agira de s’arrêter sur les conditions de possibilité d’une ethnographie (virtuelle) de l’espace public et sur l’orientation que prend, ici, une telle démarche d’enquête. Nous verrons ensuite que ce cas invite à coupler, à l’analyse des catégories de collectivité (les noms communs) initiée par H. Sacks, une analyse des catégories de singularité (les noms propres). La question de l’identité sera également abordée. L’analyse que H. Garfinkel en propose, à travers le cas de la transsexuelle Agnès, prend appui sur une épistémologie de la performance. Le cas de Chelsea (Bradley) Manning invite à enrichir cette approche avec une épistémologie de la reconnaissance (cf. P. Ricœur). En effet, c’est à cette condition qu’il est possible de rendre compte de l’identité essentiellement narrative qui colle à Manning. Car Manning, « grand singulier » (N. Heinich) objet d’une intense visibilité médiatique, est non seulement une personne transgenre mais aussi une figure publique, à savoir un personnage.

10 février :

  • 11 h-13 h : Raisonnement pratique et action instruite (par Baudouin Dupret)
  • 14 h-16 h : Séance invitée, Julie Colemans (Université de Liège) - sur le raisonnement judiciaire

10 mars :

  • 11 h-13 h : L’analyse des documents dans une perspective ethnométhodologique : autour du chapitre 6 des Studies de Garfinkel (par Yaël Kreplak)
  • 14 h-17 h :  Le temps en ethnométhodologie

La notion sera présentée à partir des deux articles suivants :

  • H. Garfinkel, M. Lynch, E. Livingston, « The Work of a Discovering Science Construed with Materials from the Optically Discovered Pulsar », Philosophy of the Social Sciences, 11 : 2 (1981), p. 131-158 (par Lilian Coates, Universität Mainz)
  • A.W. Rawls, « Garfinkel’s Conception of Time », Time & Society, vol. 14, n° 2/3 (2005), p. 163-190 (par Michel Barthélémy)

12 mai :

La matinée, 11h-13h, sera consacrée à une réflexion sur les relations entre ethnométhodologie et ethnographie, par Julia Velkovska et Yaël Kreplak. Afin d’approfondir les discussions initiées l’année dernière (cf. résumé de la séance en pj), nous proposons une séance de travail collectif sur les trois textes indiqués ci-dessous (disponibles sur demande à yael.kreplak@gmail.com), qui présentent chacun un point de vue sur ces relations. L’objectif de la séance sera ainsi d’élaborer une discussion, que nous souhaitons collective et basée sur la lecture préalable des textes par les participants, sur les enjeux qu’il peut y avoir à caractériser les spécificités, tant épistémologiques que méthodologiques, de la démarche ethnométhodologique par rapport aux démarches ethnographiques avec lesquelles elle partage une série de préoccupations, parmi lesquelles rendre compte de l’action telle qu’elle se fait ou du point de vue des acteurs, décrire des significations, s’intéresser aux catégorisations et aux comptes rendus des participants.

  • Lawrence Wieder, "Ethnomethodology and Ethnosociology", Mid-American  Review  of Sociology,  1977,  Vol  2,  No.  2:1-18
  • Robert Emerson, "Le travail de terrain comme activité d'observation. Perspectives ethnométhodologistes et interactionnistes" in Daniel Cefaï (ed.) L’Enquête de terrain (La Découverte, 2003)
  • Melvin Pollner and Robert M. Emerson, "Ethnomethodology and Ethnography" in Paul Atkinson et. al, Handbook of Ethnography, Sage, 2011

L'après-midi, 14h-16h, sera consacrée à un exposé portant sur l'approche développée par Dorothy Smith, dans son ouvrage Institutional Ethnography, AltaMira Press, 2005. L'exposé de Michel Barthélémy portera sur un point clé de cette démarche, auquel D. Smith donne le nom de "ruling relations", que l'auteur présente dans son chapitre premier (disponible sur demande auprès de barth@ehess.fr). Un mot-valise que l'on peut traduire par relations de gouvernance, dispositif de régulation des relations sociales. Nous essaierons de voir ce qu'il peut signifier, sur un plan théorique et pratique, pour l'analyse des activités sociales dès lors que celles-ci empruntent des termes, catégories, normes, clés de compréhension extralocales pour leur propre descriptibilité endogène. Nous nous intéresserons aux liens que l'on peut dessiner entre cette approche et certaines notions développées par l'ethnométhodologie.

Mots-clés : Sociologie,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

Centre : IMM-CEMS - Centre d'étude des mouvements sociaux

Renseignements :

contacter les enseignants par courriel.

Direction de travaux d'étudiants :

sur rendez-vous pris auprès de l'un-e ou l'autre des animateurs/trices du séminaire.

Réception :

sur rendez-vous pris auprès de l'un-e ou l'autre des animateurs/trices du séminaire.

Niveau requis :

séminaire ouvert à toutes les personnes intéressées, auditeurs/trices libres compris.

Adresse(s) électronique(s) de contact : barth(at)ehess.fr, baudouin.dupret(at)ehess.fr, yael.kreplak(at)gmail.com, julia.velkovska(at)orange.com

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 5 mai 2017.

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