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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Enjeux de pouvoir dans la globalisation et formes de représentations politiques

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e jeudi du mois de 14 h à 17 h (salle 015, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 17 novembre 2016 au 15 juin 2017. La séance du 18 mai est annulée

Les séances des 20 avril, 18 mai et 15 juin 2017 se dérouleront en salle AS1_08 (1er sous-sol) 54 bd Raspail 75006 Paris. La séance du 15 juin est annulée

Les chercheurs du LAIOS explorent les enjeux autour desquels se confrontent le monde des institutions et les acteurs, sujets sociaux et politiques, et analysent les technologies de pouvoir à travers lesquelles ils prennent place dans la gouvernance globale. À l’articulation du global et du local, les recompositions du politique et les décisions qu’elles suscitent sont liées, par exemple, au déploiement de nouvelles formes de violence, aux mécanismes d’appropriation des terres et des matières premières, à la circulation des savoirs, aux déplacements des personnes, mais aussi à la fabrication biotechnologique de ces mêmes personnes et aux débats de bioéthique. Elles se traduisent par des réappropriations symboliques, des prises de positions artistiques. Elles invitent l’anthropologue à réfléchir sur ses pratiques d’enquête et d’écriture.

Le séminaire 2016-2017 vise à travailler sur les articulations de plusieurs niveaux d’analyse : la gouvernementalité produite « d’en haut » ; les formes de subjectivations politiques qui émergent « d’en bas » ; et les objets, techniques, savoirs et discours qui opèrent la médiation entre les niveaux.  

17 novembre 2016 :  présentation/discussion de Jean-François Gossiaux autour de son dernier ouvrage Les débris épars du progrès. Évolutionnisme VS anthropologie, publié en 2016 aux Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme.

15 décembre 2016 : Marc Abélès, CNRS - EHESS (IIAC/LAIOS) - CEM/FMSH "Pour une anthropologie globale du luxe"
Dans l’horizon d’une anthropologie de la globalisation qui analyse la nature et l’impact des flux sur les sociétés contemporaines, la question de la circulation des marchandises de luxe et des évolutions qu’elle connaît prend un relief particulier. Cela tient tout à la fois à l’importance du commerce du luxe dans l’économie mondiale et aux enjeux culturels et politiques qui lui sont associés. On envisagera cette configuration en prenant pour fil conducteur le commerce du luxe entre l’Europe et la Chine. Plus profondément le luxe en tant que tel suscite un certain nombre d’interrogations théoriques dont les anthropologues ne sauraient aujourd’hui s’exempter, et l’on essaiera d’approfondir ce questionnement, renouant avec des problématisations qui ont marqué la philosophie et l'anthropologie.

Marc Abélès (directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherche au CNRS) développe une approche anthropologique des lieux et des pratiques politiques, perspectives qu’il a abordées dans une société d’Éthiopie méridionale puis en France, en Europe, aux États-Unis et en Chine. À partir de longues enquêtes dans les institutions du politique et sur la globalisation contemporaine, ses travaux portent sur une anthropologie de l’État moderne, analysent les dimensions liées à la territorialité et aux temporalités, les questions de représentativité, les expressions rituelles et symboliques du pouvoir. Marc Abélès a dirigé progressivement ses recherches sur les mutations des sociétés contemporaines en développant les concepts de global-politique et de politique de la survie. Il s’intéresse aux nouveaux défis de l’anthropologie, à la place de nouveaux pouvoirs et contre-pouvoirs, et aux conséquences politiques et culturelles de la globalisation. Ses travaux récents portent sur l’art globalisé et sur le luxe.

19 janvier 2017 : Alexandre Roig (UNSAM, CONICET), « Les monnaies défendues. La prison comme hétérotopie de l'argent »

  • Discutant : Hadrien Saiag (LAIOS/IIAC)

Observer la monnaie là où elle est interdite, a un statut méthodologique qui nous permet de déployer singulièrement les questions théoriques autour du fait monétaire. La prison constitue, dans ce sens, un lieu privilégié puisque l’argent tout autant que le commerce sont prohibés et pourtant existent. Suite à une ethnographie collective, nous avons pu reconstruire le rapport qui s’établit dans ce milieu carcéral entre hiérarchie sociale et pluralité monétaire, entre rapport de force et processus de valorisation qui permettent de discuter les logiques multiples de production de dettes. 

Alexandre Roig, docteur de l’EHESS en sociologie économique du développement, titulaire d’un Mastère de l’Institut Universitaire d’Etudes du Développement de Genève. Doyen de l’Instituto de Altos Estudios Sociales (IDAES) de l’Université Nationale de San Martín (UNSAM). Fondateur et co-directeur du Centre d’Etudes Sociales de l’Économie (CESE) de l’IDAES de la UNSAM, Professeur adjoint Régulier, Chercheur du CONICET. Il est l’auteur de nombreux travaux sur la monnaie, les finances et l’économie populaire. Son dernier livre, La monnaie impossible. La convertibilité argentine de 1991 a été publié au Fondo de Cultura Económica.

16 février 2017 : Hosham Dawod (CNRS-EHESS, IIAC/LAIOS, FMSH), « Tribus irakiennes et syriennes en terres de djihad »
Quelles réalités sociales et politiques sont désignées aujourd’hui par le terme « tribu » dans des sociétés qui connaissent des conflits internes dont on mesure aujourd’hui les implications locales, régionales, et internationales ? Presque partout, le « printemps arabe » s’est soldé par des guerres civiles, par la montée des régimes néo-autoritaires ou, de manière encore plus manifeste, par celle du djihadisme radical. Devant la faiblesse, voire l’écroulement des États, la marge de manœuvre des puissances internationales s’est réduite. Ainsi, le recours des autorités locales, nationales et, depuis une dizaine d’années, internationales, à un support tribal est devenu de plus en plus fréquent, non seulement en Irak, mais encore en Syrie, en Afghanistan, au Yémen, en Libye, dans divers pays africains, voire même en Asie centrale.
Justement, qu’en est-il du fait tribal ? Sur la base d’enquêtes approfondies de plusieurs années, la communication abordera le phénomène tribal contemporain, en Irak et en Syrie, pays qui conjuguent éclatement politique, affaiblissement de l’État, djihadisme radical, guerre sectaire et ingérence régionale et internationale.
Hosham Dawod, membre de l’IIAC/LAIOS et co-directeur du Panel international sur la sortie de la violence (FMSH), a publié de nombreux ouvrages et articles sur la question des tribus, des ethnies et de leurs rapports aux pouvoirs au Moyen-Orient, sur la société irakienne et le djihadisme (en particulier Daech).

16 mars 2017 : Caterina Pasqualino (CNRS-EHESS, IIAC/LAIOS), « "Terre Agitée". La création filmique comme mode d'investigation sociale »
La longue crise économique qui sévit en Europe occidentale a poussé des pans entiers de la population vers une extrême pauvreté. Les analyses les montrent comme les victimes d’un système qui les oppresse. Bien que pertinent, ce type d’argument réduit leur vie à des paramètres socio-économiques. Mais certains groupes réagissent à leur situation désespérée en réinventant un univers qui leur est propre loin des sentiers battus.
À Caseria de Montijo, dans la banlieue de Grenade, une petite vallée avait été transformée en une vaste décharge illégale. Chômeurs de longue durée, Antonio, Santiago et Oscar ont occupé ce bout de terre, tout aussi illégalement, pour le cultiver. Ils l’ont transformé en un vaste potager dont le rapport leur permet de mieux supporter la crise économique qui les touche depuis 2007.
Le film documentaire que nous avons tourné sur ce sujet montre la dureté de la vie des trois protagonistes pour faire face à la sécheresse de la terre qu’ils cultivent mais aussi pour conjurer l’histoire agitée qu’ils ont vécue. Non loin du potager se trouvent les fosses communes où ont été enterrés les Républicains exécutés par les milices franquistes en 1937. Ce vécu douloureux est vécu comme dans un rêve. Pour l’exprimer, nous avons filmé un « rituel » où se met en scène une « cérémonie de l’eau ». Les protagonistes cheminent en file indienne pour transporter des flacons d’eau de la « source des larmes », lieu supposé de l’assassinat de Garcia Lorca, jusqu’au potager, lieu de leur renaissance actuelle. Entre souvenirs et témoignages, les trois personnages racontent leur condition sous forme d’une fiction poétique.
Bien au-delà de l’observation participante, forme de restitution privilégiée par les anthropologues, le film entend poser des questions sur l’objectivité, l’interaction avec le terrain, la collaboration entre sujets observés et observateurs et sur la part de l’imaginaire. En outre, la création filmique est envisagée comme une nouvelle méthode d’investigation sociale.
Caterina Pasqualino-Regis est directrice de recherche au CNRS (IIAC/LAIOS), anthropologue et cinéaste. Elle travaille sur les rapports entre art et anthropologie, notamment sur la performance vocale et gestuelle comme enjeu identitaire et politique (Les Gitans flamencos d'Andalousie, CNRS édition MSH, Paris, 1998). Son travail récent l’amène à concevoir le terrain anthropologique comme un dispositif performatif de collaboration, de mise en scène et de reconstitution  (Experimental film and Anthropology, avec Arnd Schneider, London/New York, Bloomsbury, juin 2014).
Caterina Pasqualino et Chiara Ambrosio, 2017 Tierra Inquieta, 75mn., Film projeté à la Cinémathèque de Paris ( cycle « Cinéma d’avant garde »), Espagne, France, UK.

20 avril 2017 : Véronique Bénéï (CNRS-EHESS-IIAC/LAIOS), « Pour une ethno-poégraphie d'anthropologie politique : présentation et discussion du livre Santa Marta Poetica ou "Dire le politique autrement". Explorations ethnographiques en Caraïbe colombienne »
Comment dire le politique autrement que par des traités « classiquement » analytiques, voire descriptifs de situations, processus, contextes, événements, modalités de fonctionnement que l’anthropologue dans la cité se doit de retranscrire, traduire, d’une langue à l’autre, d’une culture et/ou d’une société donnée à une autre ? Ce type de travail épuise-t-il toutes les potentialités d’une anthropologie contemporaine, en prise avec son temps ? Une anthropologie qui s’attacherait non plus seulement à saisir, mais aussi restituer des moments, instants, parfois éphémères et fugaces et pourtant aussi constitutifs de manières de dire, faire, penser, voire d’aimer, dans une localité et un temps donnés ? Comment donner à sentir l’indicible, le « hors-dit », à la manière du hors-champ filmique de « ce qui n'est pas dans le champ », mais qui est aussi « laissé à l'imagination du spectateur » ou, en l’occurrence ici, du lecteur? À l’évidence, ces préoccupations ont toute leur place dans une réflexion concernant les modalités d’écriture de l’anthropologie. Plus encore, elles engagent à la fois des conceptions sur la manière de « faire l’anthropologie » et ses conséquences quant à une obligation de partage des données ainsi recueillies et restituées.
La métaphore cinématographique a ici toute sa place, en ce que le cinéma permet lui aussi un autre type d’écriture et de narration que celle du texte imprimé (ou en ligne). Ce que je ne peux montrer, suggérer ni même insinuer par l’écrit scientifique qui se veut davantage factuel et « objectif » apparaît parfois plus efficacement dans une scène, à travers le choix d’un angle de vue, ou bien un silence, un regard, un éclat de rire qu’une description aussi pointue et détaillée soit-elle. C’est là, justement, que le silence, le regard, et tout ce qui n’est pas traité dans le champ, ici, non plus dans « le dit », ouvrent à des horizons sémantiques libres et variés ; des horizons où peut alors s’activer l’imagination du spectateur comme du lecteur. Car, c’est bien de cela qu’il s’agit aussi, en définitive : d’imagination tant scientifique qu’artistique… y compris pour une anthropologie politique.
Dans ce séminaire, je tâcherai de dessiner les contours d’une possible anthropologie politique dégagée de certaines entraves philosophico-politiques et qui embrasserait une démarche « anthropologico-poétique » ou « ethno-poégraphique ».

Véronique Bénéï est directrice de recherches au CNRS, membre du LAIOS-IIAC, Paris. Elle a enseigné aux universités de Princeton et Yale et à la London School of Economics où elle a également effectué des recherches et dirigé des thèses, comme, à présent, à l’EHESS. En Inde, Véronique a travaillé sur la reproduction sociale, puis sur une anthropologie politique et une épistémologie des sciences sociales en Asie du Sud. Elle a ensuite redéployé ses activités en Amérique latine, Colombie, sur une épistémologie des savoirs et une anthropologie de la violence, la résilience et les pratiques et mémoires historiques de l’esclavage. VB est également formée à la Movement Medicine, une modalité de méditation en mouvement, dont elle a introduit les outils dans sa pratique professionnelle.

Direction de travaux d'étudiants :

Irène Bellier ou Enric Porqueres.

Réception :

sur rendez-vous auprès de Lydie Pavili : lpavili(at)ehess.fr

Site web : http://www.iiac.cnrs.fr/rubrique194.html

Adresse(s) électronique(s) de contact : ibellier(at)ehess.fr, enric.porqueres(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 13 juin 2017.

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