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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

L'enquête et ses graphies : figurations iconographiques d'après société

  • Laurent Berger, maître de conférences de l'EHESS ( LAS )
  • Manuel Boutet, maître de conférences à l'Université de Nice Sophia-Antipolis ( Hors EHESS )
  • Manon Denoun, doctorante à l'EHESS ( IIAC-LAIOS )
  • Katrin Langewiesche, chercheuse à l'Institut für Ethnologie und Afrikastudien, Johannes Gutenberg Universität (Allemagne) ( Hors EHESS ) ( Hors EHESS )
  • Jean-Bernard Ouédraogo, directeur d'études de l'EHESS (en cours de nomination), directeur de recherche au CNRS (TH) ( IIAC-LAIOS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Arghyro Paouri, responsable de la cellule audiovisuelle du IIAC ( Hors EHESS ) ( Hors EHESS )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e jeudi du mois de 15 h à 17 h 30 (salle 015, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 10 novembre 2016 au 8 juin 2017. La séance du 10 novembre est reportée au 25 novembre (salle 1, bât. Le France). La séance du 9 février est reportée au 2 mars (salle du conseil B, R-1, bât. Le France)

Les séances des 11 mai et 8 juin 2017 se dérouleront en salle AS1_24 (1er sous-sol) 54 bd Raspail 75006 Paris.

Le travail d’interrogation du monde social pose toujours au chercheur la question de la transcription des données et des résultats obtenus. Les modèles canoniques privilégient l’usage de l’écriture orthographique et relèguent souvent les formes d’écritures iconographiques dans la perception sensible, l’allusif et le flou symbolique, à l’extrême opposé de la rigueur démonstrative et argumentative de l’écriture. Le recours à l‘image dans la recherche se fait alors sur un mode passif de collecte de données, de constitution de corpus. Suivant cette perspective, l’interprétation de la réalité sociale ne pourrait être exprimée que par le texte, et l’image (photographique ou filmique) ne serait qu’une preuve d’authenticité ou une illustration destinée à occuper l’œil ; elle est alors une « image-alibi ». On fait comme si le langage iconographique était inapte à la catégorisation, au classement et à la déduction analytique. Or l’image, confinée au domaine expressif et métaphorique, n’est ni identique ni opposée à l’écriture orthographique. Elle participe à la représentation, à l’interprétation et à la transmission savante du monde social ; elle contribue à la déconstruction et à la re-construction de la réalité sociale. Dans le processus de production et de diffusion des connaissances en sciences sociales, le moment de l’enquête, en particulier, est une situation de transcription idéale pour examiner le passage d’un ordre de fait à un autre et pour retracer sa fonction dans le projet scientifique. La complexification technique (informatique, internet) des modes de figurations et des formes d’exposition iconographiques s’invite aux débats.

Le séminaire interrogera les modalités d’implication de l’image dans la fabrication, la transformation et la figuration iconographique des données issues de l’enquête de terrain. L'étude du choix d’une forme de transcription des données, d’une graphie particulière, permet d’étudier le potentiel performatif de chacune et, lorsqu’il se porte sur l’usage de l’image, de statuer sur leur saisie suivant les règles propres aux langages iconographiques. Comment l’esthétique, le style, interviennent-ils dans la pertinence des images ? Comment, au cours de l’opération d’investigation, la forme iconographique impose-t-elle une signification ? De quelle façon peut-on envisager les modalités d’une transcription de concepts en images ? On posera ainsi non seulement le problème de l’expression et de la figuration de réalités complexes, mais aussi de l’interprétation, de la transmission et de la réception de ces produits iconographiques. Nous développerons cette réflexion à partir d'images élaborées sur des terrains concrets. Cette année nous conduirons un atelier ethnographique. Ce recours au concret (terrains, films) est une excellente occasion pour confronter la démonstration iconographique, ainsi que le dispositif technique qui la sous-tend, à la profusion des signes offerts par le monde sensible. En reconstituant le périmètre de l’intention figurative du chercheur le statut des signes marginalisés, des rebuts, dans l’espace retenu sera directement posé.

25 novembre 2016 : Alessandro Pignocchi est chercheur en sciences cognitives et philosophie de l’art à l’Institut Jean Nicod (CNRS/ENS/EHESS). Il a publié chez Odile Jacob L’Œuvre d’art et ses intentions en 2012 et Pourquoi aime-t-on un film ? Quand les sciences cognitives discutent des goûts et des couleurs en 2015.  Il nous parlera de « Documentaire en bande-dessinée : sur les traces de Philippe Descola »
À la fin des années soixante-dix, Philippe Descola et sa femme, Anne-Christine Taylor, passèrent trois ans en compagnie de la tribu jivaro des Achuar, en Amazonie équatorienne. La fascination pour les Lances du crépuscule, le livre que Descola a tiré de son journal de terrain, m’a poussé à partir sur ses traces, quarante ans plus tard. Ma bande dessinée, Anent. Nouvelles des Indiens Jivaros, raconte la confrontation des images que j’avais construites à la lecture des textes de Philippe Descola avec ce que j’ai découvert sur place – et, bien sûr, la réalité ne s’est pas conformée au fantasme. Pour retranscrire une expérience de ce type, la bande dessinée est un medium particulièrement efficace. Mieux que la vidéo et plus aisément que le texte, elle permet de se mettre en scène et de se moquer de soi, d’obtenir une superposition entre le regard que l’on avait lorsqu’on vivait les événements au présent et celui que l’on porte sur soi avec le recul, quand vient le moment de l’écriture. 

8 décembre : Clio Simon est réalisatrice, diplômée du Studio national des arts contemporains du Fresnoy.  Elle poursuit actuellement des collaborations avec le Fresnoy et l’Ircam - Centre Georges Pompidou. Son projet filmique en cours fait l’objet d’un séminaire pluridisciplinaire (2016/2017) qu’elle coordonne à l’EHESS, à Paris, en collaboration avec des anthropologues, des sociologues et des artistes.  Clio Simon est auteure, entre autres, de courts métrages Diable écoute (2015), Camanchaca, là où les corps crient (2014), Le bruissement de la parole (2013) et de performances: Droit contre le mur (2016), A l’origine de la parole. 1° Le Cri (2015), de Valores/ De Valparaiso à Paris (2011). Clio Simon présentera une intervention intitulée : Face au Réel, cinéma et anthropologie ont-ils des espoirs communs ?
À partir des vues de Mallarmé, de Jean Vigo, de Duchamp et de Jean-François Lyotard nous questionneront ce qu'est une oeuvre d'art en prenant au sérieux les mots de Deleuze : « L’oeuvre d’art n’est pas un instrument de communication, l’oeuvre d’art n’a rien à faire avec la communication, l’oeuvre d’art ne contient strictement pas la moindre information ! En revanche, il y a une affinité fondamentale entre l’oeuvre d’art et l’acte de résistance. »
Artiste, cinéaste « du réel », je n’ai pas pour intention de documenter objectivement le monde, ni de révéler par l’image et le son une « vérité » sur ce monde. L’image n’est jamais dénuée de sens. J’évoquerai mon rapport au Réel, étroitement lié à mon rapport à l’art et au document (de la peinture hollandaise du XVIIe siècle à l’art minimaliste).
À travers les processus d’écritures mis en place autour de mes réalisations passées, (principalement ancrées dans le « réel » politique et social du Chili des années 2000) et à travers le projet filmique actuellement en cours d’écriture (où je me pose la question de « comment restituer la parole ? », accompagnée par deux anthropologues), j’exposerai l’état de mes réflexions qui croisent choix d’écritures, de formes et questionnement éthiques. Les questions de sens agissant sur les manières de faire, de bricoler avec l’image et le son, sachant que le choix d’un cadre, d’un mouvement de caméra, d’une durée, d’un dispositif ... engage un rapport à l’autre et au monde qui nous est propre.

12 janvier : La séance sera consacrée à une discussion collective sur le questionnement central du séminaire : celui de ce moment, au sein de l’enquête en sciences sociales, situé entre la confrontation à l’empirie et les tentatives de figuration, sous des formes diverses, des éléments récoltés - cette phase des premières élaborations est décisive et pourtant souvent négligée.

La discussion collective sera introduite par des présentations des animateurs du séminaire. Nous y présenterons diverses possibilités, glanées chemin faisant au cours des séances passées du séminaire, permettant d’enrichir la question restée encore irrésolue de l’écriture visuelle en sciences sociales. En effet, comme les débats du séminaire l’ont largement montré, l’écriture visuelle porte dans sa formulation à la fois des problèmes épistémologiques, théoriques
et techniques. L’idée de cette séance est de continuer cette réflexion ensemble.

Nous en profiterons pour discuter aussi des prolongements du séminaire: à la fois l'atelier d'ethnographie visuelle qui reprend cette année, et des projets envisagés.

9 février (séance reportée au 2 mars) : Boris Pétric (anthropologue et réalisateur de films documentaires, CNRS, Centre Norbert Elias, EHESS-Marseille), « Écriture filmique et renouvellement épistémologique dans les sciences sociales »
À partir de sa propre expérience, Boris Pétric s’attachera à montrer à travers l’analyse de plusieurs extraits de ces films que le documentaire est une écriture au même titre qu’un texte. Le cinéma documentaire ne peut être réduit à une opération de valorisation ou de vulgarisation de la recherche. L’écriture n’est pas seulement l’étape initiale de la fabrication d’un film. Le tournage n’est pas davantage la restitution d’une enquête réalisée au préalable et le montage s’impose comme un moment décisif de l’écriture d’un film. L’écriture filmique s’élabore ainsi en plusieurs étapes où le chercheur opère tout un ensemble de choix épistémologiques (stratégie de narration, représentativité, choix ethiques et methodologiques etc.). Le cinéma documentaire est une écriture au même titre qu’un texte pouvant renouveler les débats épistémologiques de l’approche sociologique en sociologie ou en anthropologie.

Boris Pétric est anthropologue. Il a réalisé plusieurs films documentaires. Il est directeur de recherche au CNRS, directeur du Centre Norbert-Elias à l’EHESS-Marseille où il a crée en 2015 la Fabrique des écritures innovante en sciences sociales. http://centre-norbert-elias.ehess.fr/index.php?2088
 
Filmographie :

  • « Lost in transmission », film documentaire, 76 min., Urban prod/CNRS Images, 2017.
  • « Jours de colère », film documentaire, 82 min., VF films productions/CNRS Images, réalisation E. Laborie, auteurs : Pétric, Laborie, 2009.
  • « Le vin de la colère », film documentaire, 52 min., VF films productions/CNRS Images, France 5, réalisation E. Laborie, auteurs : Pétric, Laborie, 2008.
  • « Democracy@large », film documentaire, 52 min., Kg production/CNRS Images, Arte/RTBF, 2006. Réalisation : E.  Hamon, auteur : B. Pétric, 2006

Bibliographie récente

  • Where are all our sheep : Kyrgyzstan a global political Arena, New York, Berghahn Press, 2015.
  • On a mangé nos moutons. Kirghizstan du Berger au Biznessman, Paris, Belin, 2013.

Jeudi 13 avril 2017, de 15h à 17h30, salle 255 au site CNRS-Pouchet, 59-61 rue Pouchet, 75017 Paris Noémie Oxley (EHESS-CRAL/ Université Américaine de Paris) interviendra sur les Vidéos amateurs en zone de conflit - deux études de cas.
Cette présentation portera sur les vidéos amateurs tournées par les soldats Américains durant la seconde guerre d’Irak, entre 2005 et 2009. Ces vidéos offrent une vision spontanée et directe de l’expérience du soldat sur le front, loin des doctrines de la guerre technologique et de contre-insurrection, et des représentations et discours officiels de la guerre dans les médias traditionnels. Ces versions construisent une représentation technologique, divertissante, spectaculaire et humanitaire de la guerre excluant la mort et le corps meurtri du champ de bataille. 
Je m’appuierai sur deux productions amateurs en particulier, l’une portant sur l’expérience des soldats confrontés à l’insurrection lors d’explosions de mines anti-personnelles (IED) et d’embuscades, et l’autre sur la destruction d’une mosquée par une frappe aérienne de la coalition, filmée de loin par un groupe de soldats. Je déploierai dans un premier temps le cadre méthodologique adapté à l’analyse de ces vidéos, notamment fondé sur l’iconologie et le « paradigme indiciaire » proposé par Carlo Ginzburg, qui me permet d’explorer l’expérience de guerre du soldat en partant de leurs images. Les vidéos présentées exposent le contraste entre une représentation structurée par des références constantes à d’autres images de conflits, et le compte rendu brut de leur anxiété, excitation, agressivité ou peur sur le front. Ce contraste reflète les contradictions inhérentes au rôle du soldat sur le champ de bataille à la fois technologique et virtualisé, et défini par la capacité de l’insurrection à contourner et mettre en échec les stratégies déployées par l’Armée Américaine contre elle. Les productions amateurs expriment, plus que tout, la vulnérabilité et l’impuissance des fantassins confrontés aux tactiques de l’insurrection, et ce malgré la suprématie militaire américaine.

Jeudi 8 juin 2017 : « La narration visuelle, un récit invisible », André Gunthert (maître de conférences en histoire visuelle à l'EHESS)
Malgré les promesses d’un « visual turn », l’analyse des formes visuelles reste un parent pauvre des sciences sociales. Pour tenter de répondre aux interrogations méthodologiques et à la dispersion des approches, il s’agira d’abord de dresser le tableau des principes théoriques qui découlent des pratiques visuelles les plus communes. Le premier constat est celui d’une sémiologie de la transparence, basée sur l’utilisation de codes sociaux, comme l'expressivité, pour lire les images, de préférence à des codes iconographiques – réponse de la production professionnelle à l’absence de formation visuelle. On peut également décrire les usages narratifs de l’image comme gouvernés par un principe synesthésique, soit le recours simultané à plusieurs canaux de communication, à la manière de l’interaction orale. La capacité des formes visuelles à favoriser des circulations entre les réseaux signifiants semble être la clé de ses usages sociaux.
Fondateur de la revue Études photographiques, André Gunthert est auteur de nombreuses études en histoire de la photographie, du daguerréotype à l'image visuelle. Il a publié récemment L'image partagée. La photographie numérique (Textuel, 2015).

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

  • Laurent Berger- Anthropologie de la mondialisation capitaliste
  • Centre : IIAC-LAIOS - Laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales

    Renseignements :

    courte note d'intention accompagnée d’un court cv à envoyer à arghyro.paouri(at)cnrs.fr jusqu'au 10 janvier 2015. Atelier ouvert aux étudiants de master et doctorants disposant d’une caméra vidéo et ayant une bonne connaissance de l’environnement numérique. 

    Direction de travaux d'étudiants :

    accord de l'enseignant référent.

    Réception :

    sur rendez-vous auprès de Lydie Pavili-Baladine, assistante administrative et financière du LAIOS, chargée de la vie étudiante de l'IIAC, IIAC-LAIOS (CNRS UMR 8177), EHESS, 5e étage, bur. 588, noyau B, 190 av de France 75013 Paris, courriel : lpavili(at)ehess.fr.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : lpavili(at)ehess.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 2 juin 2017.

    Contact : service des enseignements ✉ sg12@ehess.fr ☎ 01 49 54 23 17 ou 01 49 54 23 28
    Réalisation : Direction des Systèmes d'Information
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