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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Anciennes et nouvelles élites en Asie du Sud-Est : statuts, pouvoirs, légitimités et concurrences

  • Vanina Bouté, maître de conférences à l’Université de Picardie-Jules Verne ( CASE )
  • Rémy Madinier, chargé de recherche au CNRS ( CASE )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Jérôme Samuel, maître de conférences à l'INaLCO (TH) ( CASE )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e jeudis du mois de 9 h 30 à 12 h 30 (salle 638, 6e étage, bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris), du 6 octobre 2016 au 15 juin 2017. La séance du 17 novembre se déroulera en salle Jean-Pierre Vernant, 8e étage, bât. Le France. Séance supplémentaire le 24 novembre (salle 638) ; le 15 mars (salle 638) ; le 30 mars et le 27 avril 2017 (Grand salon, Maison de l'Asie, 22 av du Président-Wilson 75016 Paris)

Les séances des 20 et 27 avril, 18 mai, 1er et 15 juin 2017 se dérouleront à la Maison de l'Asie, 22 avenue du Président Wilson 75116 Paris. La séance du 4 mai se déroulera en salle A07_37 (7e étage) 54 bd Raspail 75006 Paris

Depuis les conflits ayant opposé, au sein des sociétés palatines de l'époque moderne, castes aristocratiques et bourgeoisies marchandes d’origine étrangère jusqu’à la contestation contemporaine des oligarchies militaires par les nouvelles intelligentsias pieuses, la question des élites et de leur renouvellement est demeurée un enjeu de première importance pour la compréhension des sociétés sud-est asiatiques. Ce séminaire entend stimuler une réflexion collective autour de ce thème en croisant les approches des différentes sciences sociales. Les enjeux relatifs aux évolutions des différentes strates élitaires (on s’intéressera particulièrement aux parcours des élites intermédiaires), à la constitution de modes de vie et de savoirs distinctifs, ou encore à la dimension spatiale des réseaux ouvriront d’utiles perspectives comparatistes entre les différents pays de la région et, au-delà, avec  l’ensemble de l’aire asiatique.

Le programme du 1er semestre est téléchargeable ici.

20 octobre 2016 : présentation de la séance

17 novembre :

  • David Delfolie, « Les dynamiques sociohistoriques d'un siècle de reconfiguration des élites en Malaisie »
  • Mael Raynaud, « Birmanie : vers une "normalisation" de la sociologie politique des élites ?"

24 novembre 2016 (salle 638, 6e étage, bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris) - 9h30-12h30 : Présentation des travaux étudiants

9 décembre 2016 :

  • Ulbe Bosma (International Institute of Social History, Amsterdam), « Local elites and their role in the incorporation of Java and the Philippines in the global sugar market : 1800-1960s : some comparisons »
    The term “Sugarlandia” has been used to denote the dominating position of cane sugar producers in the social and political life of the Philippines, and the sugar island of Negros in particular, between the 1930s and 1970s. Alfred McCoy even claimed that: “Indigenous ownership in the Philippines gave its plantations a depth of social penetration and breadth of political rami cation not found anywhere else in tropical Asia”. I tend to agree with his emphasis on the indigenous elites, but not with his observation that the Philippines were unique in this regard. Based upon my own research and that of my colleagues in the social and business history of the sugar industry of Java, I will argue that there are many similarities between the role of the locally born elites in Java and the Philippines with respect to their role in the world of sugar.
  • Jean-Pascal BASSINO (ENS Lyon), « "Human capital accumulation in late 19th and early 20th century Philippines ; The role of native and ethnic Chinese rural elites »
    Presentation based on a working paper with Joerg Baten, University of Tuebingen, titled
 “ A Curseof ‘PointSource’ Resources ? ” (https://hermes-ir.lib.hit-u.ac.jp/rs/ha ndle/10086/27756
    The objective of this study is to assess the in uence on human capital of the rapid expansion of cash crops cultivation in the mid and late 19th century Philippines, with a focus on basic numeracy. We nd a high numeracy level in the early 19th century. This can be interpreted as evidence of the diffusion of elite culture before and/or during the colonial period with persistent effects until the early 19th century. Our results also show a decline of numeracy during the initial phase of expansion of cash crop cultivation in the mid-19th century. This was however a temporary phenomenon. Numeracy fully recovered the initial level during the rst decades of the 20th century. We consider the role of the Catholic Church and of ethnic Chinese and Chinese mestizos in human capital accumulation in 19th century Philippines.

15 décembre 2016 :

  • Marie-Sybille de Vienne (INaLCO), « Les élites sino-khmères de la période coloniale à nos jours, entre efflorescence et éradication »
    Malgré la terreur khmère rouge et les persécutions de 1979-85, qui ont divisé par deux le nombre de Huaren habitant au Cambodge, les Chinois furent les premiers à tirer profit de la libéralisation économique à la fin des années 1980. Comme les opportunités se sont multipliées après les accords de Paris (1991), ils ont été rejoints par les Sino-cambodgiens d’outre-mer et les Chinois du continent. Ce sont donc les Chinois au sens large qui ont assuré le développement de la plus grande partie du secteur privé moderne pendant la dernière décennie. Jouant l’osmose avec les autorités, les Chinois ont ainsi contribué à transformer un état pauvre, « normalement corrompu » dans les termes du sud-est asiatique, en un État mafieux. Les Sino-khmers se heurtent toutefois à la concurrence croissante des Chinois de R.P. de Chine, les xin yi min (新移民), encore plus déstructurante pour la société khmère. À titre d’illustration paroxystique de ce phénomène, on donnera quelques éléments de la biographie de l’ancien président de la Chambre de Commerce du Cambodge, Theng Bun Ma (许 锐 腾), décédé en 2013.
  • Matthieu Guérin (CASE-INaLCO), « Entrisme et réseau des négociants chinois du Cambodge à l’époque du Protectorat »
    Le renforcement de la puissance économique des Chinois au Cambodge à l’époque du protectorat (1863-1953) est bien connue. La plupart des Chinois qui s’installent alors au Cambodge viennent du sud de la Chine. Ils sont soumis à l’époque colonial au système des congrégations qui rassemble les immigrés chinois en association de solidarité organisée par région de provenance (hokkien, teo chew, cantonnais, akkah). Le succès économique de certains membres de ses communautés s’explique par des stratégies commerciales efficaces, mais aussi par des politiques d’entrisme dans le fonctionnement de l’Etat cambodgien. Une étude des parcours individuels à travers les archives de l’administration coloniale et de l’administration khmère permet de mettre à jour les liens entre riches négociants chinois et l’appareil d’État.

5 janvier 2017 :

  • Gabriel Facal (CASE), « Les élites politiques locales indonésiennes à partir de la décentralisation en 1999. Persistances et transformations d’une classe multi-située »
    En Indonésie, la période de démocratisation et de décentralisation nationale initiée en 1999 a été marquée par le profond renouvellement des institutions politiques. Les élites régionales qui avaient profité de la longue période de stabilité de l’ère suhartoïste amorcée en 1966 virent leurs prérogatives remises en cause. Néanmoins, après une période incertaine de transition, nombre de ces élites ont pu retrouver, voire renforcer leur assise politique, en développant de nouveaux réseaux clientélaires, en exerçant des monopoles régionaux et en accédant à la sphère du pouvoir central.
    Ces élites ont ainsi renouvelé la domination d’oligarchies conservatrices sur la scène politique indonésienne. Néanmoins, l’introduction d’élections directes et du multipartisme ont permis à de nouveaux acteurs politiques d’entrer dans l’arène du pouvoir. Le cas du gouverneur de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama, colistier du président actuel Joko Widodo lors des élections provinciales en 2012, illustre la difficulté de ces élites réformatrices à imposer leurs programmes et idéaux politiques. En outre, plusieurs cas régionaux, comme celui de Banten, soulignent l’ambigüité des avancées de la reformasi. L’électorat – essentiellement celui d’une classe moyenne éduquée émergente – semble enclin à soutenir des candidats soucieux des intérêts collectifs. Mais les élus sont contraints par la persistance de réseaux complexes de dépendances et d’allégeances. Par effet retour, ces tensions incitent à la radicalisation d’une partie militante de la population, phénomène alimenté par des groupes de lobbying qui sont eux-mêmes sous le patronage d’élites oligarchiques.
    Les élites politiques indonésiennes constituent ainsi une classe multi-située, dont il convient de spécifier les formes d’organisation et les modes de légitimité au niveau régional.
  • Eugénie Mérieau (doctorante INaLCO, ATER à Sciences-Po), « Anciennes contre Nouvelles élites politiques en Thaïlande »
    Le conflit politique thaïlandais - aujourd’hui étouffé sous le double-effet de la mort du roi Bhumipol Adulyadej et du gouvernement militaire - procède de plusieurs ressorts. Si le conflit social existe, il reste tributaire d’un conflit intra-élitaire entre les anciennes et les nouvelles élites pour le contrôle des processus politiques.
    Les anciennes élites sont formées par les corps de l’État : il s’agit de la bureaucratie civile et militaire, au rôle politique traditionnellement important. Les nouvelles élites sont quant à elles entrées sur la scène politique à la faveur d’une première période de démocratisation dans les années 1980 - alors, elles se virent refuser l’accès aux arcanes du pouvoir. Leur succès relatif dans les années 2000-2010 se solda par deux coups d’État militaires, en 2006 et 2014.
    La conjonction d’une période de paix répressive et de deuil national promet une consolidation durable du rôle des anciennes élites au détriment des nouvelles élites. La prééminence des anciennes élites sur les nouvelles élites se voit par ailleurs verrouillée par le nouveau texte constitutionnel.

Mercredi 15 mars 2017 : Marie Gibert (géographe, Université Paris Diderot, CESSMA), « La légitimation des élites au prisme des études urbaines »

Jeudi 30 mars 2017 :

  • Oliver Tappe (Global south studies center/University of Cologne), « The King's fragmented body : questions of political legitimacy and authority in Laos »
    Political authority in socialist Laos is linked to ideas of Buddhist kingship. The Party-State elite claims legitimacy not only through the official memory of the "national liberation struggle" and alleged achievements of socio-economic development, but also through cosmological references and ritual practice. The most visible manifestations of this strategy are statues of historical Lao kings and related commemorative activies. Paradoxical as it seems - given the fact that the last king of Laos died in a communist re-education camp - references to Buddhist-Royalist traditions provide a key to the understanding of political authority in the contemporary Lao People's Democratic Republic.
  • Els Bogaerts (Universiteit Leiden), « Multiple loyalties : local television and political elites in Yogyakarta, Java, Indonesia »
    From 2000 onwards, changing circumstances in Indonesia stirred the coming into being of an entirely new local broadcasting industry. Competition for audiences between new private broadcasters and the Longstanding regional TVRI (Televisi Republik Indonesia) became fierce. To generate income and local content, both public and private relevision stations have established alliances with local artists and audiences, enterprises and advertisers ans production houses. The stations in particular have profited fron their alliances with local (political, religious, business and cultural) elites. In my presentation I will focus on television in the Special Region of Yogyakarta, Central Java. The exmples of two stations, TVRI Jogja and Jogja TV, will reveal how their collaboration with local elites causes the categories of public and private television to become blurred.

Jeudi 20 avril 2017 :

  • Gwenaël Njoto (Centre Asie du Sud-Est) « L’Islam moderniste indonésien face à la société de marché : le cas de la Muhammadiyah dans les années 2000 »
    La Muhammadiyah est la plus ancienne et la plus grande des organisations musulmanes modernistes d’Indonésie. Elle a été tentée à divers moments de son histoire de diversifier ses ressources financières, au-delà de la simple économie du don, en investissant dans des activités commerciales. Les années 2000 marquent un tournant majeur avec la mise en place d’un projet ambitieux impliquant la création d’entreprises et d’une banque (non-islamique). Ce passage de la sphère religieuse et caritative à celle des affaires a créé de multiples tensions et débats au sein de l’organisation. Au moment où les nouveaux acteurs de la théologie de la prospérité islamique investissent le « marché de la spiritualité », nous verrons comment cette organisation socio-religieuse de masse a tenté de négocier sa propre ré-orientation économique.
  • Catherine Scheer (ARI, Singapore) « Quand la « vie nouvelle » devint problématique : les Bunong protestants confrontés à l’expansion de l’économie de marché sur les hautes terres cambodgiennes »
    L’arrivée d’entreprises d’hévéas dans une commune du Nord-Est cambodgien, à la fin des années 2000, vint bouleverser le quotidien des villageois bunong. A la même vitesse que les champs et forêts des environs furent transformés en plantations, des petits commerces émergèrent et se multiplièrent dans les villages. Dans une des églises protestantes, des anciens se mirent à dénoncer avec véhémence la quête de biens et d’argent dans leurs serments. Ce ne fut cependant pas un rejet évident pour nombre de Bunong protestants qui avaient recherché une « vie nouvelle » caractérisée, non seulement par la prière et les services dominicaux, mais aussi par un style de vie moderne. Afin de mieux comprendre les dilemmes auxquels de nombreux chrétiens des hautes terres furent confrontés, il s’agira d’explorer comment ils se sont jadis appropriés des enseignements missionnaires du passé et furent influencés voire déstabilisés par une récente approche évangélique réformiste.

Jeudi 27 avril 2017 :

  • Boike Rehbein (Humboldt-Universität zu Berlin), « The Dominant Class of Laos : Social Position, Composition and Legitimation »
  • Jérôme Samuel (INaLCO, CASE), « Norme et contre-norme, discours et usages linguistiques en Indonésie »

Jeudi 4 mai 2017 : Grégoire Schlemmer (URMIS, IRD) « La révolution et la scolarisation : l’origine des élites issues des minorités ethniques du Nord Laos »
Durant la première décennie (1954-1964) de la guerre de libération, le pouvoir communiste laotien, alors cantonné dans les zones montagneuses peuplées par les nombreuses minorités ethniques du pays, a notamment réussi son implantation par l’intégration de ces minorités dans son projet de société. Tout en affichant le caractère multi-ethnique de la nation laotienne, il s’agissait de subsumer les différences ethniques en vue de la réalisation d’un nouveau modèle, celui de l’homme socialiste. On montrera l’aspect central qu’a joué, depuis, le processus éducatif et l’accès au fonctionnariat — deux domaines intrinsèquement liés — dans ce processus, comment il a permis l’émergence d’une petite élite non-lao, tout en essayant de comprendre pourquoi elle s’est opérée de manière inégale parmi selon les groupes ethniques, en partant de l’exemple d’une province du Laos.

18 mai :

  • Alexandra de Mersan, INALCO, CASE « Légitimation des élites politiques contemporaines d’Arakan (Birmanie) »

Les élections parlementaires de 2010 en Birmanie instaurent une nouvelle ère avec une première classe d’élus qui, hormis les militaires, n’a jamais eu l’occasion d’exercer le pouvoir ni de participer à la vie politique. De quelle culture politique disposent les nouveaux partis et leurs membres élus ? Sur quelles formes d’organisation s’appuient-ils ? A quelles traditions politiques ou formes d’engagement se réfèrent-ils ? Novice en matière d’expérience effective du pouvoir politique, comment en conçoit-on et en apprend-on l’exercice? En somme, comment devient-on député, par quels mécanismes et en mobilisant quelles ressources ? Cette présentation portera sur l’émergence d’une classe politique dans une région de Birmanie, l’Etat d’Arakan, traversée à la même époque par des violences intercommunautaires entre bouddhistes et musulmans.

  • Stephen Huard, University of East Anglia, Norwich « La légitimation des grands hommes en Birmanie centrale.  Affaires villageoises et relations de pouvoir dans un contexte bouddhique »

Cette présentation s’attaque à une question centrale portant sur la fabrique des rapports de pouvoir à GawGyi, un village de Birmanie centrale. En effet, entre le chef de village – intermédiaire entre le gouvernement et les villageois – et le moine en charge du monastère, quelques personnes prennent en charge ce que l’on peut appeler les affaires villageoises. Ces affaires sont aussi diverses que l’organisation du bon déroulement des cérémonies de donation, des mariages, des funérailles, la mise en œuvre des projets de développement (accès à l’eau, à l’électricité), la réparation des routes, la collecte des remboursements d’emprunts, etc. Localement, les personnes prenant en charge les affaires villageoises sont appelées lu-gyi. Pour comprendre pourquoi ces personnes et leur autorité sont légitimes il faut tout d’abord repenser le modèle d’explication du pouvoir par le mérite. Prendre le village dans son épaisseur historique et comme échelle d’analyse permet de voir comment la fabrique d’une donation méritoire (initiation bouddhique) repose sur une organisation collective. Enfin, suivre la trajectoire d’un lu-gyi permettra de voir comment l’autorité se construit dans le temps, en contexte, en actualisant une éthique bouddhique et en se dégageant des redevabilités clientélistes. Cette perspective appelle à interroger la « sociabilité » locale (lu-hmu-yé) comme champ politique où l’engagement, la morale et la pérennisation des rapports sociaux sont centraux.

Aires culturelles : Asie, Asie sud-orientale,

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (48 h = 12 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Asie

Intitulés généraux :

Direction de travaux d'étudiants :

prendre contact avec les enseignants.

Niveau requis :

master 1, master 2, doctorat.

Site web : http://case.ehess.fr/

Adresse(s) électronique(s) de contact : madinier(at)ehess.fr, jeromesamuel(at)yahoo.com, vaninaboute(at)gmail.com

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 12 mai 2017.

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