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Introduction au droit musulman : les transformations de la normativité islamique depuis l'expédition d'Égypte

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 10 h à 13 h (IISMM, salle de réunion, 1er étage, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2016 au 8 juin 2017, cf. calendrier des séances ci-dessous. La séance du 20 avril se déroulera en salle des étudiants de l'IISMM (même adresse)

Le séminaire propose de conduire une réflexion sur les relations entre les configurations de la normativité islamique et les cadres de référence dans lesquels elle se déploie : situations impériales et coloniales, États-nations, globalisations, islam-monde et islam des minorités, Islam en contexte européen.

Nous analyserons, à travers le traitement de thèmes portant notamment sur la justice, le droit de la famille, le droit économique et le droit constitutionnel la manière dont se jouent les relations entre droit, État et société dans le monde musulman.

Dans ce cadre, seront abordées différentes questions d'actualité comme :

  • le réinvestissement européen de la question de la charia au prisme de la notion de radicalisme
  • le rédéploiement des politiques publiques de l'islam dans les pays du monde musulman (ex : les usages du concept de zakat en finances publiques,l'instauration de conseils de la fatwa au niveau national, etc.) 
  • l'influence croissante des institutions internationales sur le droit national des États du monde musulman

Jeudi 10 novembre 2016 : Khalid Mouna (Université Moulay Ismail/Meknès, Maroc), « La production du cannabis au Maroc : entre norme et déviance »
La culture du cannabis au Maroc s’est intensifiée durant les années 1970 dans la région du Rif central, bouleversant les rapports socio-économiques entre les acteurs. C’est une des régions les plus marginalisées et les plus sous-développées du royaume, il s’agit aussi d’un foyer d’immigration depuis les années 1960. L’expansion de cette culture a touché d’autres territoires jusqu’à dépasser les frontières du Rif central pour occuper plusieurs milliers d’hectares répartis sur le territoire de la région du Nord. Les acteurs impliqués dans la culture du cannabis semblent partager une identité homogène, mais les logiques sociales, plus individualistes depuis la spécialisation dans la production de haschisch, se caractérisent aussi bien par des solidarités et des intérêts communs que par des luttes et des négociations (Bourgois 2001). Afin de mieux saisir la réalité des rapports entre les acteurs de la culture du cannabis et leurs rapports à la norme, je vais analyser, à partir des données historiques et empiriques, comment les normes sociales se construisent au sein du "bled du kif". Il s’agit de saisir les manières à travers lesquelles les acteurs interprètent leur territoire et les logiques et les dynamiques internes qui le traversent. Je prends en compte la complexité des rapports sociaux qui créent l’interdépendance des acteurs (Elias 1991).

Jeudi 8 décembre 2016 : Gianluca Parolin (associate professor, Institute for the Study of Muslim Civilisations (AKU), Londres), « A New Semiotics of Law and Governance : Al-Tahtawi’s rendition of the 1814 French Charter »
Al-Ṭahṭāwī (1801-1875) has been a pivotal figure in laying the groundwork for the new semiotics of law and governance of 19th century Egypt (and beyond).  Analysing his rendition of the 1814 French Charter illuminates on the group and class politics that al-Ṭahṭāwī decided to engage with. Al-Ṭahṭāwī’s semantics was only instrumental to his final goal: rallying his audiences behind ‘his’ idea of hegemonic legal modernity, which he later summarised as manhaj al-sharʿ (rule of law).  Through Islamic law, al-Ṭahṭāwī aimed at speaking to his fellow traditional intellectuals (already on the verge of marginalisation), and through Empire at his patron and his circle (not too keen on listening in this area).  He also had something to say to French Orientalists: Arabic can be bent to modernity just as easily as French has.

Jeudi 12 janvier 2017 : Jean-Phillipe Dequen (chercheur à l’Institut Max Planck pour l’histoire européenne du droit, Francfort), « Le droit musulman au sein de l’ordre juridique indien : une histoire de chaises musicales »
Notre présentation examine l’évolution historique de la place du droit musulman au sein de l’ordre juridique indien, depuis les débuts de la colonisation britannique au XVIIe siècle jusqu’à son application par la justice indienne au tournant du XXIe siècle. Considéré en tant qu’objet juridique autonome, notre but est de brièvement exposer les différentes qualifications juridiques attachées au droit musulman et leur influence sur son application normative.
Nous tenterons de démontrer que les différentes caractérisations quant à la nature du droit musulman en Inde – allant d’un système juridique générale, à celui d’un droit spécial constitué tour à tour de normes coutumières et étrangères, pour enfin être fondé sur la liberté religieuse garantie par la Constitution – sont intimement liées au concept de souveraineté et de son tiraillement entre la Couronne britannique, le Parlement de Westminster, la East India Company et enfin la République indienne.
Aussi, nous présenterons dans un premier temps l’évolution du statut de la East India Company au sein de l’ordre juridique anglais, afin de mieux cerner l’impact de ce dernier sur le statut du droit musulman indien, ainsi que de son utilisation et son administration dans un contexte colonial non-étatique. La disparition de la « Compagnie » au profit de la couronne britannique après la « révolution » de 1857 nous amènera ensuite à examiner ses conséquences sur le statut du droit islamique – et plus généralement des musulmans indiens – au sein du Sous-Continent. Enfin, nous dévoileront l’influence de l’ordre constitutionnel de l’Inde indépendante quant aux fondations juridiques sur lesquelles s’appuie l’application d’un droit personnel musulman à l’époque contemporaine.  

Jeudi 9 février 2017 : Ayang Utriza (chercheur postdoctorant à l’Université catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve), « La femme et le droit d’aimer : sur le divorce pour absence d’amour en Indonésie »
Les femmes indonésiennes de ces dix dernières années osent davantage qu’auparavant demander le divorce (cerai gugat). Une centaine de milliers de cas de divorces sont soumis aux tribunaux religieux chaque année. À l’origine de ces procédures, plusieurs motifs sont invoqués, mais pour la majorité des couples qui ont déposé leur demande auprès des tribunaux religieux, c’est généralement l'article 116 (f) de la loi n° 1/1974 qui est invoqué : « Lorsque le mari et la femme se disputent, que les querelles continuent sans cesse et que l’espoir de vivre en harmonie sous le même toit paraît impossible ». Cependant, à l’issue du procès judiciaire, le « vrai » motif du divorce apparaît, et c’est très souvent l’« absence d’amour » qui est invoquée. Ces cas reflètent le changement de la société indonésienne, mais ils montrent aussi que les juges sont seulement ‘la bouche de la loi.’ Ils ne peuvent pas et ne veulent pas non plus « creuser » les raisons réelles qui constituent le « vrai » motif du divorce dès le début du procès. Le séminaire discutera notamment de deux exemples particuliers de divorce pour absence d’amour prononcés par un tribunal religieux du Sud de Jakarta en Indonésie.

Jeudi 9 mars 2017 :

  • Issam TOUALBI (maître de conférences à l’Université d’Alger I, directeur de la Chaire Unesco Émir Abdelkader pour les droits de l’homme et la culture de paix) interviendra sur le thème "La liberté religieuse dans la pensée réformiste"

Au moment où le système de représentation arabo-musulman se trouve volontairement confondu avec un modèle absolutiste totalement réfractaire aux principes démocratiques et à la notion de diversité religieuse, le rigorisme excessif avec lequel le statut du non-musulman est aujourd’hui perçu par la majeure partie des juristes de l’Islam contribue à nourrir tous les préjugés antimusulmans. L’idéologie islamiste ne fait-elle pas depuis longtemps du rejet principiel de la notion de la démocratie et de la diversité religieuse son principal credo politique et dogmatique ? Mais fort heureusement, tous les savants musulmans ne partagent pas ce déni des valeurs contemporaines.
Puisant ses racines dans les thèses des penseurs andalous du XIIIe siècle, dont principalement Averroès (1126-1198) et Ibn ‘Arabî (1165-1240), le courant réformateur musulman du XIXe peut à juste titre être considéré comme le véritable promoteur de la tolérance religieuse en Islam. Porté par des penseurs de l’envergure de l’Émir algérien Abdelkader (1808-1883), du persan Djamel-Eddine al-Afghani (1838-1897) ou de l’égyptien Mohammed Abduh (1849-1905), ce courant semble avoir réussi à puiser la substance d’un argumentaire théologique favorable à l’édification d’une société pluriculturelle en terre d’Islam. La réappropriation des écrits et des thèses des réformateurs musulmans du XIXe siècle dans le monde arabomusulman ne peut-elle pas représenter une issue salutaire au cloisonnement doctrinal actuel dans lequel la pensée islamique se trouve enfermée depuis des siècles, voire, même, constituer une solution de compromis acceptable pour tous ceux qu’effraie, aujourd’hui, toute velléité de modernisation des sociétés musulmanes ?

  • Nael GEORGE (docteur en droit, spécialiste du droit arabo musulman, Genève) interviendra sur le thème « Les Etats de l'Orient arabe face à la question de l'apostasie en islam »

Cette présentation sera dédiée à la question de la liberté de religion en Islam de façon générale et à la question de l’apostasie dans les pays du Proche Orient arabe de façon plus particulière, à travers l’analyse de la position des Etats arabes  face aux instruments internationaux des droits de l’homme et de leur législation et jurisprudence.

Jeud 20 avrii 2017 (salle des étudiants de l'IISMM) : Suliman IBRAHIM (Assistant Professor of Law, Benghazi University; Senior Researcher at the van Vollenhoven Institute for Law, Governance and Society, Leiden University) interviendra sur le thème Law and Islam in Post 2011 Revolution Libya

Islamisation of law is not a new phenomenon in Libya; laws introducing had punishments and making civil and commercial codes compatible with Sharia were made as early as 1972. Still, the 2011 Revolution, in which Islamists played a prominent role, signalled important developments, not only in the scale of Islamisation but also in its orientation. This can be seen in the laws introduced since then, and the ongoing constitution making. My presentation will study these developments, assess their impact on the legal system, and attempt to predict their future in light of the current political, and military, division, to which Islamists v. liberals is a dimension.

Jeudi 11 mai 2017 : Jan Michiel Otto (professeur, Université de Leyde, Pays-Bas), « Islam, law, and development »
How do Islam, law, and development go together? Not an easy question. How Islam relates to law is contested. Have national legal systems been islamicised in recent decades?  Or have Islamic legal systems been nationalised? Opinions also diverge on the relation between law and development. Is law necessary for development? Is development necessary for law? And what is development in the first place?  Has the World Bank anything to say about it? Surely, the triple question of how Islam, law, and development interact, needs some unpacking.

Jeudi 8 juin 2017 : « La référence à l'islam dans la pratique judiciaire française »
Cette séance, à laquelle participeront des magistrats français, sera consacrée à l'analyse de cas concrets où il est fait référence à la norme islamique devant la justice française

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Adresse(s) électronique(s) de contact : baudouin.dupret(at)ehess.fr, jp.bras(at)wanadoo.fr, nathalie.bernard-maugiron(at)ird.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 2 juin 2017.

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