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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Histoire, récits historiques et sources pour les humanités environnementales

  • Marc Elie, chargé de recherche au CNRS ( CERCEC )
  • Alice Ingold, maître de conférences de l'EHESS ( CRH-GRHEN )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

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2e jeudi du mois de 9 h à 11 h (salle 9, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2016 au 8 juin 2017. Les séances du 9 mars se déroulera de 9 h à 13 h dans l'amphithéâtre François-Furet et celle du 11 mai de 9 h à 13 h (Maison des Océans). Séances supplémentaires les 30 mars et 27 avril (salle 4, même horaire, même adresse)

Ce séminaire propose de donner des outils pour un dialogue entre études environnementales et études historiques. Comment penser l’historicité des expériences humaines de l’environnement ? Comment analyser la longue durée des phénomènes socio-écologiques ? Comment restituer les processus historiques qui président à une crise écologique décrite sur le mode de la rupture et de l’irréversibilité avec l’ère de l’anthropocène ? Comment faire une place aux dynamiques temporelles, jouant à diverses échelles, dans lesquelles les acteurs engagent leurs actions ?

Le séminaire envisage ces différentes questions à partir d’un examen des sources et de leurs usages. Sociologues, anthropologues, géographes, politistes… tous les chercheurs – outre les historiens – ont affaire à un moment ou un autre de leurs enquêtes à des objets et des documents « historiques ». Comment se saisir de ces documents ou de ces objets, produits par les acteurs pour des finalités – pratiques – différentes de celles de l’enquête du chercheur ? S’agit-il de simples stocks d’informations ou encore d’indices de relations de savoir et de pouvoir ? Le séminaire envisage notamment une approche pragmatique des sources. Plutôt que réservoir de faits ou d’informations, nous les envisagerons plutôt comme des actions, des revendications de droits, des mobilisations, à la fois sociale, technique, cognitive, qui contribuent à modifier la réalité dans laquelle agissent les acteurs. Ainsi, pour ne prendre qu’un seul exemple, dresser une carte peut engager des processus de légitimation croisée, qui sont autant de revendications sur une réalité : d’un côté affirmation de légitimité – de la part des institutions qui construisent les cartes – à contrôler et réguler des pratiques ; mais aussi, de l’autre, volonté de reconnaissance de pratiques pour les acteurs dont les actions sont cartographiées.

Le séminaire explore la variété des sources disponibles pour aborder les études environnementales et territoriales. Chaque séance est structurée autour d’un type de documents et de sources, à partir d’études concrètes : cartes, documents administratifs, statistiques, procès, règlements ou lois, photographies, données archéologiques, films, objets…

Par ailleurs des masses de données « historiques » d’un genre nouveau inondent les études environnementales : produit par les sciences du système terre, ce « big data » caractérisé par son aspect planétaire interpelle les sciences humaines et sociales. Plus précisément, la prétention des historiens à organiser les sources est mise à mal par ces disciplines scientifiques qui ne s’embarrassent pas de l’attirail classique de l’étude des sources. Relevés de température et de précipitation des stations météo de la planète depuis cent ans, données d’indice de végétation quadrillant toute la surface du globe depuis les années 1970, etc. : est-il possible de constituer ces données en corpus historiques pertinentes pour les recherches en sciences humaines ?

Le séminaire aborde aussi la question des récits. Que ce soit pour faire l’histoire des réflexivités environnementales des sociétés du passé, dans l’étude des communs, ou encore dans celle des savoirs écologiques des sociétés, la compréhension de la longue durée des phénomènes socio-écologiques joue un rôle important.  Comment répondre à ce besoin actuel d’histoire dans les humanités environnementales ? Ce séminaire propose d’examiner de façon critique en quoi diffèrent les usages du passé – avec la constitution de récits historiques-, et les usages des sources et des archives historiques – parfois dans des cadres judiciaires ou de conflits.

À chaque séance sont proposées des lectures, des références bibliographiques et une présentation de sources.

Programme :

10 novembre 2016 : Alice Ingold (EHESS, CRH) "Traces et sources. Les usages de l’histoire dans les études environnementales"

8 décembre 2016 : Alice Ingold (EHESS, CRH) "Les Commons et leurs règles (France, XIXe siècle) : règles sociales ou règles juridiques ?"

12 janvier 2017 : Marc Elie (CNRS-EHESS, CERCEC) "Comment travailler sur les climats du passé récent ? Le cas des steppes eurasiatiques au XXe siècle (Kazakhstan et Sibérie)"

9 février 2017 : Laurent Coumel (CERCEC, ANR EcoBlogReg) "Des sources administratives pour faire l’histoire des conflits environnementaux (URSS 1960-1980)"

9 mars 2017 : Matinée 9 h-13 h "L’opération cartographique. Ce que la carte fait aux acteurs et aux territoires"

Rencontre organisée par Alice Ingold (EHESS-CRH) et Marc Elie (CNRS-CERCEC), soutenue par le Centre de Recherches Historiques et l’ANR EcoBlogReg, dans le cadre du séminaire Histoire, sources et récits historiques dans les études environnementales

La matinée sera consacrée aux sources documentaires cartographiques et à leurs usages dans les études environnementales. Le renouvellement historiographique des études cartographiques a privilégié l’étude des cartes telles que les conçoivent et les mettent en œuvre leurs producteurs, et aussi telles que les consultent, les annotent et les utilisent diverses communautés d'usagers. C'est plus rarement que l'opération cartographique est analysée dans sa dimension temporelle et négociée. S'intéresser au « gouvernement par les cartes » s'inscrit pleinement dans une étude des instruments, des modes cognitifs et des pratiques de l'action publique.
À cette approche, où la carte est entendue comme modèle et projet de territoire, nous proposons d’ajouter une analyse du « moment cartographique » comme opération de négociation de droits, d'actions et de pratiques légitimes sur le territoire, entre les acteurs qui cartographient et les sociétés cartographiées. Plutôt que réservoir de faits ou d’informations, les documents sont envisagés comme des actions, des revendications, des mobilisations, à la fois sociale, juridique, technique et cognitive, qui contribuent à modifier la réalité dans laquelle agissent les acteurs. Dresser une carte engage des processus de légitimation croisée, qui sont autant de requêtes/prétentions sur une réalité : d’un côté affirmation de légitimité de la part des institutions qui construisent les cartes destinées à contrôler et réguler les pratiques ; mais aussi, de l’autre, volonté de reconnaissance de pratiques pour les acteurs dont les actions sont cartographiées.

Programme :

  • Anna Maria Stagno (Università di Genova - Universidad del País Vasco, Espagne) "Lire les cartes à la lumière de l’archéologie: pratiques d’usage et conflits d’accès aux ressources communes en Italie (XVIIIe-XXe siècle)"
  • Claudia Damasceno (EHESS, CRBC) "Rhétoriques cartographiques et appartenances territoriales : le cas du Minas Gerais (Brésil) au XVIIIe siècle"
  • Jean-Pierre Le Bourhis (CNRS, CRAPE-ARENES EHESP/Université Rennes 1) "La carte comme un objet-frontière et enjeu de luttes. Conflits d'expertise et controverses locales autour de la cartographie des rivières au XXIe siècle"

Discussion générale introduite par Hélène Blais (ENS, IHMC) et Alice Ingold (EHESS, CRH)
Des textes des intervenants peuvent être demandés à Alice Ingold : ingold@ehess.fr
Accès libre

30 mars 2017 : Antonella Romano (EHESS, Centre Koyré) et Rafael Mandressi (CNRS-EHESS, Centre Koyré) "Enquêtes sur la nature au XVIe siècle : cadres, contours et contextes des « histoires naturelles »"

27 avril 2017 : Romain Grancher (CRH, ANR Govenpro) "Suppliques, pétitions, mémoires : des sources pour une histoire environnementale « par le bas » ? (France XVIIIe-XIXe siècle)"

11 mai 2017 :  Matinée 9 h-13 h "Les humanités environnementales face au « big data » : climat et flux de matière"

  • Avec Emmanuel Garnier (LIENSs CNRS la Rochelle), Thomas Le Roux (CNRS, EHESS CRH), Laurence Lestel (METIS CNRS-UPMC), Fabien Locher (CNRS, EHESS CRH)

8 juin 2017 :  Bilan avec les participants du séminaire

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire - Problèmes généraux

Intitulés généraux :

  • Alice Ingold- Administrer les « ressources naturelles », XIXe-XXe siècles
  • Adresse(s) électronique(s) de contact : ingold(at)ehess.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 29 mars 2017.

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