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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Agriculteurs, sols et semences dans la globalisation

  • Birgit Müller, directrice de recherche au CNRS (TH) ( IIAC-LAIOS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Lundi de 11 h à 13 h (bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), cf. calendrier des séances et salles ci-dessous

Les séances des 15 et 29 mai 2017 se dérouleront en salle A05_51 (5e étage) 54 bd Raspail 75006 Paris.

Les pratiques agricoles attirent l'attention des décideurs politiques à l'échelle nationale et internationale, mobilisent les écologistes et alimentent des batailles idéologiques sur les sites web des entreprises agrochimiques et des organisations internationales. La culture des OGM, les bio-carburants, et les processus de standardisation sont l'objet d'une « guerre technologique » au sein de l'agronomie et dans les sciences sociales. Dans les débats sur l'avenir des mondes agricoles nous observons une transformation: les questions concernent moins l'expansion agricole et les droits fonciers, mais demandent quoi et comment cultiver, comment gérer la fertilité des sols et conserver l'autonomie sur les semences. L'agronomie devient politique: Lors d'une conjoncture historique dans laquelle les petits agriculteurs à travers le monde sont confrontés à de multiples vecteurs de dépossession, les stratégies de débrouillardise et de contestation redécouvrent l'expérimentation avec des pratiques alternatives de culture, la fertilisation organique des sol et l'échange des semences, et sur le plan social des services et des informations.

Le séminaire mettra le focus cette année sur les formes de coopération parmi les agriculteurs, mais aussi entre agriculteurs, consommateurs et citoyens. Nous regarderons aussi bien les coopératives de production et de service, que les fonds de commercialisation et les réseaux de circuits courts, et les banques et les réseaux d'échange de semences. Comment ces formes de coopération institutionnalisées et informelles s'inscrivent-t-elles dans les programmes gouvernementaux, les projets de développement et les contrats avec firmes du secteur privé ?

Lundi 5 décembre (salle 587) : Séance introductive

Lundi 16 janvier (de 9 h à 18 h, salle Jean-Pierre Vernant) : journée d'études « Coopératives agricoles dans la globalisation »
Les coopératives agricoles associées à l'idée d'une troisième voie ont une histoire mouvementée entre une logique économique maximisant et individualiste et une logique économiste étatiste et centralisée. Les fondements du mode d’organisation coopératif sont : le statut de propriétaire-usager, le contrôle démocratique qui donne à chaque adhérent une voix à poids égal, le partage des surplus au prorata des activités de l'adhérent avec sa coopérative et non pas en fonction son capital investi. Dans cette journée d'études nous voulons interroger le fonctionnement des coopératives agricoles en interaction avec des régimes politiques socialistes et néolibéraux et par rapport aux organisations internationales (inter-gouvernementales, ONG et privées) qui en font un instrument de gouvernance. Les coopératives se font-elles instrumentaliser et réduire en un outil technique et managérial ou sont-elles essentielles pour l'autonomie des agriculteurs? Comment les acteurs externes influent-ils sur les tensions internes que la mise en œuvre des principes coopératifs suscite : comment compte-on la contribution de chaque adhérent à l'activité commune, comment les différents horizons temporels des adhérents affectent ils les décisions sur l'investissement, la dette, les contrats, la commercialisation. Nous voulons interroger le fonctionnement des coopératives agricoles non seulement à partir des critères économiques mais aussi à partir des rapports que les agriculteurs adhérents établissent au sol et aux semences et aux membres non-adhérents dans les localités où ils opèrent.

Programme :

  • 9.00 - 9.30 : Birgit Müller — Introduction
  • 9.30 - 10.45 : Marie Aureille — Cuba "Autonomisation ambigüe et individualisation de la production agricole dans une ancienne ferme d’Etat « coopérativisée », à l’extrême ouest de Cuba." 
    À partir de 1991, Cuba est touchée par une grave crise économique liée à la disparition de son principal partenaire commercial, l’Union Soviétique. En 1993, face à la nécessité de parvenir à l’autofinancement du secteur agricole, le Conseil d’État décide la transformation de la majorité des fermes d’État (granjas) en coopératives. L’État garde la propriété des moyens fondamentaux de production, principalement la terre, mais accorde à ces « Unités Basiques de Production Coopérative » (UBPC), l’ « autonomie de gestion » et met en place un système d’organisation interne plus horizontal. A partir des premiers résultats d’une enquête ethnographique (en cours) menée au sein d’une UBPC dans l’ouest de l’île, il s’agira d’analyser les implications de ce « Coopérativisme d’État » en termes de gestion économique, de pratiques agricoles et de relations de pouvoirs. On portera une attention particulière à la diversification croissante des statuts des membres et des mécanismes de distribution des profits au sein de la coopérative. Afin de développer le « sentiment d’appartenance » des travailleurs et de lutter contre la désaffectation critique de la main d’œuvre, cette diversification renforce l’individualisation de la pratique de l’agriculture et tend à la transformation de cette coopérative de production en prestataire de service. On analysera enfin les ambiguïtés de « l’autonomie de gestion » concédée par l’État aux UBPC et les usages concrets du statut de coopérative dans la reconfiguration des relations de pouvoir au sein de la coopérative et vis-à-vis de ses différentes organisations de tutelle.
  • 11.05 - 12. 20 : Étienne Monin — Chine "Les coopératives agricoles à Shanghai, instruments de la modernisation agricole territoriale"
    La Chine compte aujourd’hui 1,5 millions de coopératives agricoles, dix ans après la promulgation de la « Loi sur les coopératives paysannes spécialisées de la République populaire de Chine » (Zhonghua renmin gongheguo nongmin zhuanye hezuoshe), en date du 31 octobre 2006. La promotion de cette nouvelle forme d’exploitation, liée à la relance dans les années 2000 de la politique nationale de modernisation de l’agriculture, intervient pour en encourager l’industrialisation comme pour répondre aux enjeux de l’urbanisation accélérée des campagnes et de leur population. Elle poursuit deux objectifs. Les coopératives réalisent au niveau villageois la concentration des exploitations, en offrant un modus vivendi à la circulation du foncier agricole entre villageois. Elles accompagnent la spécialisation productive et la professionnalisation des agriculteurs, dans le contexte de marchandisation, et font des exploitations un maillon des nouvelles filières agroindustrielles. Les observateurs ont cependant noté que leur mise en œuvre a pu être détourné, réactivant les dynamiques « corporatiste » pilotées par les cadres ruraux et les élites capitalistes locales.
    Qu’en est-il à dans les périphéries municipales de Shanghai ? La présente communication propose de décrire l’essor des coopératives agricoles sous l’aspect de la modernisation territoriale de l’agriculture. Elle en établit le paysage productif et revient sur l’inscription du modèle coopératif dans la doctrine politique de modernisation agricole. Elle aborde ensuite le rôle des coopératives dans la réorganisation économique de l’agriculture shanghaienne à travers plusieurs études de cas. Nous verrons ainsi comment les coopératives, en participant d’arrangements locaux qui soutiennent les productions villageoises, ressortissent in fine de logiques liant développement agroindustriel et aménagement des périphéries agricoles métropolitaines.
  • 13.30 - 14.45 : Terry Boehm — Canada (en Anglais) "La transformation de la plus grande coopérative agricole du monde en multinationale - le sort du WheatPool de la Saskatchewan"
    Au début du XXe siècle les agriculteurs de l'Ouest du Canada créèrent ce qui devint les plus grandes coopératives agricoles du monde, les WheatPools. En mettant en commun leurs stratégies de commercialisation, ils s'opposèrent à l'emprise des grands marchands de grain et des compagnies de chemin de fer.
    Ce papier décrit la lente transformation de la coopérative Saskatchewan WheatPool fondée sur le principe de l'égalité et la distribution des bénéfices en fonctions de l'intensité d'usage des services, en une structure qui s'autonomise en privilégiant l'agrandissement et la rentabilité de l'organisation elle-même au détriment du bien-être des associés. Le papier décrit comment, à partir des années quatre-vingt, un nouveau style de management s'impose, porté par une nouvelle génération de directeurs de coopérative recrutés dans les grandes multinationales agro-alimentaires. À partir des années 1990, ce problème principal-agent s'aggrave au point que la coopérative s'auto-transforme en entreprise par actions et devient dans les années 2000s la succursale de la multinationale Glencore.
    Comment les structures de gouvernance internes se sont elles transformées, finissant par aliéner les associés? Quelle rôle ont joué les idéologies à partir des années 1980 qui promeuvent le rôle entrepreneurial des agriculteurs au détriment des normes fondatrices d'autonomie et de démocratie ?
  • 14.45 - 16.00 :  Birgit Müller — Nicaragua "Dispositif de gouvernance, pomme de discorde et source de gains. Les mutations d'une coopérative agricole au Nicaragua."
    Associées à l'autonomie des agriculteurs, à l'autogestion et au contrôle collectif des ressources, les coopératives agricoles, telles que les définit l'Organisation Internationale du Travail (OIT), ont une vocation morale visant à émanciper ses membres de l'exploitation. L'idée était de libérer les pauvres en les fortifiant, en d'autres termes: aider ceux qui sont exploités à s'aider eux-mêmes.
    Dans ce papier, j'examine dans le petit village de La Quebrada, au Nicaragua, les mutations sur dix ans d'une structure sociale s'appelant "coopérative". Cette coopérative avait été créée au début des années 2000 en réponse à un programme de sécurité alimentaire de la Food and Agriculture Organization (FAO) qui proposa de l'aide aux agriculteurs organisés en coopératives pour créer de petites parcelles d'irrigation. La coopérative de La Quebrada devint successivement porteur d'un projet de semences améliorées, exécutant du programme Food Facility de l'Union européenne et de la FAO, puis porteur d'un projet de fonds de récolte. Le papier retrace comment cette coopérative éphémère s'inscrit dans les jeux de pouvoir et conflits internes du village, gère les ressources qui lui sont attribuées, et se superpose aux structures de gouvernance locale introduites à partir de 2007 par le nouveau gouvernement sandiniste.
    Que fait une organisation sociale intentionnelle s'appelant "coopérative" au quotidien ? Quels processus enclenche-t-elle? Comment ses pratiques de gouvernance sont-elles en rapport avec les normes émancipatrices affichées? Comment la coopérative se transforme-t-elle en interaction avec ce qui lui est extérieur?
  • 16.30 - 18.00 Jules Hermelin — Colombie "Prendre en main la vente du café : Organisation collective, autonomie et label "équitable" dans la région du Cauca (Colombie)."
    Le label de la Fairtrade Label Organization (FLO), parmi les principaux organismes internationaux de certification équitable, exige que les producteurs de café soient organisés en coopérative. En Colombie, après la fin de l'AIC (Accord International sur le Café) en 1989, de nombreuses coopératives de cafeteros ont vu le jour, soutenues par des programmes internationaux de développement de l'agriculture biologique et équitable. A partir d'une ethnographie réalisée entre 2011 et 2014 auprès de producteurs d'une coopérative de café "équitable" de la région du Cauca, je mènerai une réflexion sur la tension entre l'instrumentalisation de la coopérative par le label équitable et  la prise d'autonomie des caféiculteurs au travers de la vente de leur produit. Dans le marché mondial, la petite coopérative indépendante est isolée face à son seul acheteur étasunien. Elle doit aussi composer avec les coopératives officielles de la Fédération Nationale des Caféiculteurs Colombiens. Dans ce contexte, je montrerai comment le label FLO  rend la petite coopérative dépendante d'un marché de niche au sein duquel elle est dépourvue de pouvoir de négociation sur les prix et les volumes. En revanche, en se repositionnant du point de vue des agriculteurs, l'organisation collective de la vente permet de prendre en main les instruments de pesée, la gestion du transport et de la traçabilité du produit.  Dès lors, la coopérative apparaît comme un mode d'organisation collective ambiguë. Rouage du dispositif de gouvernance du marché de l' "équitable", la coopérative génère un espace d'autonomie des agriculteurs. 

Lundi 6 mars 2017 (salle 587) : programme fixé ultérieurement

Lundi 20 mars 2017 (salle 587) : Maura Benegiamo, « Quel modèle pour les agriculteurs africaine ? Les nouvelles tendances des politiques de développement agricoles et foncières au Sénégal »
Au Sénégal, la région du Delta du Fleuve concentre depuis plus de 50 ans les efforts du gouvernement et des principaux bailleurs pour le développement de l’agriculture irriguée. À son indépendance, c’est à travers la mise en place d’un système de coopératives paysannes que l’État avait promut l’aménagement des périmètres rizicoles. L’évolution des politiques de développement et les changements de paradigme en matière de sécurité alimentaire entraîne la transformation de ces structures, d’abord vers la création de groupements de producteur, puis de périmètre irrigués villageois ou privés, jusqu’à l’essor des Organisations Paysannes suite à la progressive libéralisation du secteur et à la décentralisation foncière.
À partir des années 2000, on assiste à la montée des initiatives publiques et privés visant à encourager la reconversion des systèmes agricoles locaux vers des formes d'entrepreneuriat agro-industriel capables de rivaliser sur les marchés régionaux et internationaux. Cependant la tendance consiste surtout à faciliter l’arrivée d’investisseurs étrangers pour la mise en place de nouvelles exploitations agricoles, les exploitations locales étant considérées comme nécessitant la contribution et l'intégration au sein d'une agro-industrie à forte intensité de capital, ce qui présuppose aussi une cession des terres à la faveur des nouveaux projets.
Cette présentation aborde la question du changement de paradigme des politiques de développement et de la réorganisation du modèle de production. En se basant sur l’étude d’un investissement privés et sur le Projet de Développement inclusif et durable de l’Agro-industrie financé par un crédit de la Banque Mondiale, l'analyse se concentrera sur la naissance de nouveaux outils de gouvernance foncière et sur la mise en perspective du discours centré sur la figure de l’entrepreneur agricole et des accords dits « gagnant-gagnant ».

Lundi 15 mai 2017 (salle A05_51) : programme fixé ultérieurement

Lundi 29 mai 2017 (salle A05_51) : programme fixé ultérieurement

Mots-clés : Agriculture, Alimentation,

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulés généraux :

Direction de travaux d'étudiants :

bureau 580, 190 av de France 75013 Paris, sur rendez-vous par courriel ou tél. 01 49 54 21 99.

Site web : https://ehess.academia.edu/BirgitM%C3%BCller

Site web : http://www.iiac.cnrs.fr/article1262.html

Adresse(s) électronique(s) de contact : bmuller(at)msh-paris.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 5 avril 2017.

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