Logo EHESS

baobab
Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques

  • Antonio A. Casilli, maître de conférences à Telecom ParisTech ( IIAC-CEM )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e lundi du mois de 17 h à 20 h (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 21 novembre 2016 au 19 juin 2017. La séance du 20 mars se déroulera en salle 13 (105 bd Raspail 75006 Paris). La séance du 19 juin est annulée

Depuis 2008 ce séminaire propose un panorama des études contemporaines les plus innovantes et les plus significatives dans le domaine des humanités numériques et de la sociologie des usages des technologies de l'information et de la communication. Chaque séance de l'enseignement accueille des chercheurs internationaux et des « grands témoins » pour donner un aperçu de leurs expériences, des processus qu'ils ont mis en place pour former leurs objets de recherche, des nouvelles méthodologies qu'ils ont mobilisé, des débats qui animent les disciplines lorsqu'elles se proposent d'expliquer les phénomènes liés au numérique.

Les usages actuels influencent non seulement les transformations des pratiques communicationnelles et productives, mais également l’émergence de nouvelles définitions de soi, de nouvelles subjectivités politiques, ainsi que de sociabilités inédites. Comment les modalités et les cadres analytiques de la recherche s'adaptent-ils pour prendre en compte les formes du vivre ensemble à l'heure de la connectivité généralisée ?

21 novembre 2016 : Christophe Bénavent (professeur à l'Université Paris-Ouest Nanterre La Défense), « D'un versant à l'autre : gouvernementalité algorithmique des plateformes »
Christophe Bénavent est l'auteur de Plateformes. Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux (FyP Editions, 2016).
Si la notion de marché multi-versants fournit un cadre utile pour penser l'émergence, la croissance et la compétition de l'économie des plateformes, sa limite est d'ignorer les modalités pratiques de leur gestion. Ces dernières passent essentiellement par une propagation algorithmique de dispositifs (architecture des capacitations et des restrictions, surveillance et police, mécanismes d'incitation et de motivation) destinés in fine à orienter et conditionner les conduites des individus de telle sorte à obtenir des propriétés particulières des populations qui caractérisent ces versants et se constituent en ressources. L'imperfection des  algorithmes, qu'elle soit intrinsèque (défaut de conception, données inappropriées...) ou extrinsèque (dépendance des données ou computation sociale), nécessite qu'on leur attribue une politique propre, qui impliquerait une exigence de redevabilité dont on devra aussi et surtout évaluer les conditions politiques.

14 décembre 2016 (*) : Isabelle Attard (députée citoyenne du Calvados) et Adrienne Charmet (La Quadrature du Net), « Internet, surveillance et libertés fondamentales en France »
(* séance exceptionnelle)

16 janvier 2017 : Benjamin Loveluck (Télécom ParisTech), « Idéologies et utopies du numérique »

Quelles représentations ont accompagné l’essor du numérique, et comment contribuent-elles aujourd’hui encore à lui donner forme ? À quelles sources puisent les discours des acteurs, et quels sont les ressorts de l’enthousiasme mais aussi des craintes suscitées par l’informatique communicante ? Ces questions trouvent une actualité nouvelle, alors que la méfiance est aujourd’hui de mise et que le numérique est accusé de favoriser l’émergence d’un régime de « post-vérité ». En abordant ces enjeux du point de vue de l’histoire longue des idées politiques, le recours à la méthode généalogique permet d’apporter des éléments de contexte. En particulier, elle permet de montrer comment s’est mis en place un cadre de pensée structurant, que nous avons appelé le libéralisme informationnel. Différentes études de cas emblématiques – allant de Google à Bitcoin et WikiLeaks en passant par le mouvement des logiciels libres – permettent d’en préciser les différentes déclinaisons, et leur articulation avec les pratiques des acteurs. Cette intervention vise ainsi à resituer la réflexion sur le numérique dans les cadres d’analyse éprouvés de la philosophie et de l’économie politique – afin de ne pas céder à la fascination de la « rupture » et de la « révolution », tout en identifiant ce qui se présente effectivement comme nouveau. En somme, d’éclairer à la fois ce que le numérique rend possible et ce qu’il rend pensable.

20 février 2017 : Mark Graham (Oxford Internet Institute) et Karen Gregory (University of Edinbugh), « Global platforms and the future of work » (cette séance du séminaire se déroulera en anglais)
Karen Gregory (maître de conférences en digital sociology à l'Université d'Édimbourg) "Three Phases of Digital Labor: Locating Exploitation in the Digital Economy"
This lecture functions not only as introduction to the topic of digital labor, but asks to consider the deeply political implications of the digital economy, particularly as it relates to social, civil, and racial justice. The rise of information and communication technologies has both drawn global economies together, as well as given rise to stark inequalities. We can see three distinct “phases” of digital labor, with each phase speaking to new understandings of exploitation, as well as new arrangements of data collection, surveillance, and control.
Mark Graham (professeur d'internet geography à l'Université d'Oxford) "The Global Gig Economy and Its Implications for Digital Workers"
A global market for digitally-outsourced work now exists. It offers significant benefits and opportunities but also poses significant risks and costs for digital workers around the world. Some of these risks emerge when work is seen as a commodity to be bought and sold, and workers see themselves as individual entrepreneurs. When that is the case, it is rational to exploit co-workers; and many have internalized these visions of individuality, competition and predatory behavior. Instead of seeing digital work as operating in a global, ephemeral, virtual dimension beyond the realm of regulation or worker organization, we can reflect on its real geographies and reveal sites of strength and solidarity for workers.

20 mars 2017 (salle 13, 105 bd Raspail 75006 Paris) : Nikos Smyrnaios (Université Toulouse 3), « GAFAM : logiques et stratégies de l'oligopole qui a pris le contrôle de nos outils numériques »
"Quelques startups autrefois ‘sympathiques’ ont donné naissance à des multinationales oligopolistiques qui régissent le cœur informationnel de nos sociétés au point qu’un acronyme, GAFAM, leur soit dédié. Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft sont les produits emblématiques d’un ordre capitaliste nouveau qu’ils contribuent eux mêmes à forger, légitimer et renforcer. Cet ordre néolibéral s’inscrit résolument contre le projet originel de l’internet. La conférence s’intéressera précisément aux conditions qui ont permis l’émergence de cet oligopole et aux stratégies que celui-ci met en œuvre pour  contrôler nos outils de communication quotidiens et les plateformes qui nous utilisons pour accéder à l’information et aux contenus en ligne (exploitation du travail, évitement de l’impôt, concentration horizontale et verticale, infomédiation, exploitation des données personnelles etc.)."

10 avril 2017 : Mary Gray (Microsoft Research), « Behind the API : Work in On-Demand Digital Labor Markets »

15 mai 2017 : Louis-David Benyayer (Without Model) et Simon Chignard (Etalab), « Les nouveaux business models des données »

Le paysage des données connaît aujourd’hui plusieurs transformations majeures. La première concerne la façon dont nous produisons et collectons aujourd’hui des données. Ce phénomène (big data) n’est pas qu’une affaire de volume : il change fondamentalement la nature même des données qui peuvent être mobilisées. La deuxième est liée aux fondements de la valeur : la rareté a cédé la place à l’abondance. Les données ne valent pas tant pour ce qu’elles sont, mais plutôt pour ce qu’elles permettent de faire et pour les positions stratégiques auxquelles elles donnent accès. La troisième transformation est liée à l’émergence d’une économie de la donnée selon trois facettes : la matière première, le levier et l’actif stratégique. Bien plus qu’un bien qui se vend et s’achète, la donnée est un outil puissant pour décider, agir et produire autrement, mais aussi pour prendre place au sein d’un écosystème. A l’occasion de cette session, nous explorerons les différentes facettes de la valeur des données, ainsi que les impacts pour les organisations (publiques et privées), la société et les individus. Nous mettrons en avant l’expérimentation comme principal moyen d’exploration et de révélation de la valeur des données.

19 juin 2017 : Juan Carlos De Martin (NEXA Center for Internet & Society), « Looking back at the 2015 ‘Declaration of Internet Rights’ »

The idea that a human-rights approach could be useful to shape the digital revolution goes back to the 1970s. While France was adopting its “Loi Informatique et Libertés” and creating the CNIL, in Italy the lawmaker and future founder of the Italian Privacy Authority, Stefano Rodotà, argued in favor of a ‘Bill of Rights’ protecting citizens from the creation of ‘computer dossiers’ by governments and large corporations. The idea was kept alive while computer networks continued to grow in the 1980s and 1990s. Yet it reached the limelight only in early 2000, in the wake of the World Wide Web and the emergence of large digital corporations. As a reaction, in the following years dozens of ‘Internet bill of  rights’ were produced all over the world (from Brazil, to Nigeria and the Philippines), mostly by civil society organizations. In 2015 a study commission established by the president of the Italian parliament also published a Declaration of Internet Rights, which was subsequently signed by French and Italian parliaments, and recently adopted as a reference document by the European Parliament in order to draft a EU Charter of Internet Rights. What is the potential of a digital rights approach to shape the digital revolution? Has it already achieved any results? Should we keep working in this direction? If so, what else is needed?

Intitulés généraux :

Centre : IIAC-CEM - Centre Edgar Morin

Renseignements :

le séminaire est ouvert aux auditeurs libres, mais il est demandé aux participants d’annoncer leur présence en écrivant à l'enseignant. Les annonces des séances sont diffusées sur le site web http://www.casilli.fr.

Direction de travaux d'étudiants :

les étudiant(e)s souhaitant valider leur participation au séminaire doivent participer aux séances et contribuer à des pages Wikipédia ayant trait aux sujets traités dans le séminaire (à concorder avec l'enseignant).

Réception :

sur rendez-vous uniquement.

Niveau requis :

Master.

Site web : http://www.casilli.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : antonio.casilli(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 19 juin 2017.

Contact : service des enseignements ✉ sg12@ehess.fr ☎ 01 49 54 23 17 ou 01 49 54 23 28
Réalisation : Direction des Systèmes d'Information
[Accès réservé]