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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Histoire sociale de l’Afrique Orientale, de la Mer Rouge et de l’Océan indien, XIXe-XXe siècles

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi (96 bd Raspail 75006 Paris), cf. horaires, calendrier des séances et salles ci-dessous

  • Vendredi 4 novembre 2016, de 14 h à 17 h : salle de réunion, IMAF, 2e étage
  • Vendredi 2 décembre 2016, de 14 h à 17 h : salle de réunion, IMAF, 2e étage
  • Vendredi 9 décembre 2016, de 13 h à 16 h : salle des artistes
  • Vendredi 20 janvier 2017, de 14 h à 17 h : salle des étudiants de l'IISMM, 1er étage
  • Vendredi 3 février 2017, de 14 h à 17 h : salle de réunion, IMAF, 2e étage
  • Vendredi 10 mars 2017, de 15 h à 18 h : salle des artistes
  • Vendredi 5 mai 2017 : journée d'études à Aix-en-Provence

Ce séminaire se focalise sur une partie de l’Afrique souvent négligée par les études africaines en France, et pourtant capitale pour comprendre les dynamiques du continent entier. Il vise à devenir un point de rencontre pour les étudiants et les chercheurs qui travaillent sur l’histoire sociale d’une Afrique s’étendant du Caire au Cap, une Afrique qui se noue au-delà des frontières nationales, à travers les circulations et les échanges multiformes des individus et des groupes dans un espace connecté avec la Méditerranéenne et l’Asie à travers la Mer Rouge et l’Océan Indien et au-delà avec les mondes atlantiques européens et américains.

L’Afrique de l’Est des XIXe-XXe siècles est un espace impérial extrêmement dense (entre empires ottoman, omanais, britannique, français, allemand, italien, et portugais), dont l’histoire est marquée par des tensions de nature économique et géopolitique mais aussi raciale et religieuse... Sans négliger le poids des questions politiques nationales et internationales et des systèmes impériaux, l’approche de ce séminaire reste avant tout sociale. Un large espace sera dédié aux questionnements méthodologiques dans l’écriture d’une histoire sociale s’appuyant sur des sources hétéroclites.

Pour l’année 2016-2017, nous avons choisi de placer le séminaire sous le thème de la comparaison. D’abord, en abordant la comparaison entre des sociétés, des espaces, et des temporalités différentes, comme le souhaitait déjà Marc Bloch en 1928. Cette démarche fructueuse permet d’opérer un décentrement du regard, de produire des questionnements inédits, de repérer des silences ou des absences autrement invisibles, mais donne aussi la possibilité de s’armer des méthodologies, des outils et des approches qui viennent d’ailleurs.  Ensuite, la deuxième forme de comparaison que nous intégrerons dans ce séminaire est interdisciplinaire. Nous interrogerons la manière dont d’autres disciplines, et particulièrement la philosophie, l’anthropologie et la sociologie, ont travaillé aux mêmes questionnements que nous nous posons en tant que praticiens de l’histoire sociale de l’Afrique orientale. Dans cette perspective, chaque séance sera, autant que possible, organisée autour de deux interventions qui traiteront du même thème soit pour des espaces, des sociétés ou des temps distincts, soit par des disciplines différentes.

4 novembre : Usages et lectures des archives missionnaires : archéologie des savoirs sur la sorcellerie et histoire de la patrimonialisation

  • Amélie Chekroun, IMAF « Les archives missionnaires pour écrire l'histoire des institutions patrimoniales éthiopiennes dans les années 1920-1930 »
    Au début des années 1920, la France a tenté d’étendre en Éthiopie sa politique archéologique menée au Maghreb et en Égypte. Le père Azaïs, ancien missionnaire capucin français en Éthiopie, est envoyé auprès du régent du pays, le râs Tafari, afin de le convaincre de créer un Institut français d’archéologie à Addis Abeba. Les autorités éthiopiennes perçoivent très vite l’intérêt de ces recherches pour la construction d’un patrimoine national, dans une nation en construction, et se réapproprient le projet français. De 1927 à 1936, elles engagent Azaïs pour qu’il crée un musée national et un institut éthiopien d’archéologie. Azaïs est également invité à poursuivre ses recherches archéologiques dans l’Ouest, le Sud et l’Est du pays, régions récemment intégrées à l’Éthiopie, afin - officieusement - de légitimer leur annexion par le pouvoir chrétien. En étudiant le parcours singulier d’Azaïs et de ses relations avec le pouvoir éthiopien, cette présentation souhaite mettre en lumière un pan méconnu de l’histoire de l’archéologie française à l’étranger, ainsi que certains aspects d’une politique éthiopienne souveraine et patrimoniale qui s’exprime notamment à travers une mise en valeur sélective des sites archéologiques découverts. Cette recherche s'appuie sur l'étude des nombreuses archives missionnaires d'Azaïs ainsi que des archives du ministère de l'Instruction publique et du ministère des affaires étrangères français.
  • Andrea Ceriana Mayneri, IMAF « Anthropologie et histoire au prisme de la sorcellerie : les archives centrafricaines »
    Au XXe siècle, et aujourd’hui avec une vigueur nouvelle, « la sorcellerie » a été progressivement constituée en thème privilégié (et exemplaire) des discussions et des échanges entre les anthropologues et les historiens, dans le champ des études africanistes notamment. Ceci ouvre sur deux questions distinctes, que cette communication tentera de développer simultanément. On peut d’abord interroger les différences et les contacts des approches historiques et anthropologiques de la sorcellerie, en revenant sur les grandes étapes des échanges nourris dans les études africanistes. D’autre part, on peut interroger des aspects spécifiques qui font que la sorcellerie soit un objet de débat fécond et inépuisé, en même temps qu’un prisme privilégié pour observer certaines tendances de ce même débat. L’archive missionnaire centrafricaine peut apporter des précisions sur ces développements, au gré des intentions sur lesquelles repose sa constitution et transmission.

2 décembre 2016 :

  • Carine Plancke (Université de Gand),  « Performances dansées au « Nouveau Rwanda » : l’héritage culturel comme support d’une idéologie postgénocidaire »
    Depuis sa prise de pouvoir, mettant fin au génocide en 1994, le Front patriotique rwandais a programmé la création d’une nouvelle nation dé-ethnicisée et unifiée. L’accès à la « modernité » par l’éducation et les nouvelles technologies de l’information ainsi que l’ouverture au progrès socio-économique sont présentés comme essentielles pour éradiquer la pauvreté et l’ignorance, perçues comme cause de l’adhésion aux idéologies de division et de haine ethnique. L’identité culturelle de ce « Nouveau Rwanda » reste néanmoins ancrée dans le passé précolonial du pays, idéalisé comme une époque de cohabitation pacifique. La revalorisation et la réinvention actuelle de pratiques ancestrales s’inscrit dans cette idéologie étatique de création d’une nouvelle nation post-génocidaire qui tout en s’ouvrant à la modernité reste fière de sa tradition. Les performances dansées sont particulièrement encouragées et sont devenues un élément indispensable lors de cérémonies officielles. Dans cette présentation j’explorerai comment de jeunes danseurs rwandais parviennent à créer des performances qui donnent corps à la nouvelle nation. Je me baserai sur une étude ethnographique menée auprès de la troupe de danse Inganzo Ngari, qui, actuellement, fait figure de modèle pour les autres troupes du pays et qui est régulièrement invitée par des instances gouvernementales. J’examinerai non seulement la composition et le fonctionnement de cette troupe mais également la manière dont elle a modifié les dynamiques dansées en examinant la réconfiguration du répertoire dansé, les arrangements chorégraphiques, les modalités de création des danses ainsi que l’élaboration de costumes et de scènes théâtrales au sein des performances.
  • Thomas Riot (Université de Lausanne/IMAF), « Le Guerrier-Mutant : danses, sports et techniques du politique au Rwanda (XIXe-XXIe siècles) »
     À partir du XVIIe siècle, les guerriers des anciens royaumes Rwanda étaient formés à des pratiques belliqueuses (tir à l’arc, parades à la lance, exercices au bouclier), langagières (poésie, récits de victoire, joutes verbales)  et corporelles (lutte, danses, courses, saut d’obstacle) qui assuraient une large part de leur construction comme sujets d'itorero (territoire politico-culturel, lieu de formation des ntore, les « élus »). Si l’on observe ces pratiques sur un temps long (du XIXe au XXIe siècle), on remarque que certaines (notamment la danse guerrière et les pratiques langagières) ont traversé de profondes mutations sociales et politiques. Pendant la période coloniale, la danse guerrière a constitué un élément clé de la formation des jeunes élites tutsi (de lignage aristocratique) au sein des missions chrétiennes. A la fin de cette même période, itorero a incorporé les pratiques football et les jeux du scoutisme catholique. Ces activités se sont inscrites dans des processus plus larges de construction des sujets du colonialisme et d’émancipation des catégories ethnicisées de l’ordre colonial (selon un ordre socio-racial ficelé à la formation du clivage entre élite tutsi et contre-élite hutu). Des années 60 aux années 90 – et suite à la chute de la monarchie tutsi et à l’exil de dizaines de milliers de Tutsi – des groupes de « guerriers », danseurs et footballeurs du Rwanda républicain s’engagèrent dans les dynamiques matérielles et idéologique de la violence armée, contribuant au mûrissement du génocide qui visa les Tutsi au cours de l’année 1994. De nos jours, ces mêmes activités sont réinventées à des fins de (re)construction du citoyen gagné aux idéaux de l’Etat post-génocidaire. Cette présentation tâchera d’exposer les procédés empiriques, méthodologiques et ethno-historiques avec lesquels nous explorons les mutations du « guerrier » en connexion aux transformations de l’Etat au Rwanda.

Vendredi 9 décembre 2016 :

  • Nicole Khouri (maître de conférences, Université Paris I Panthéon-Sorbonne/IEDES),  « Ismailis du Mozambique colonial : une catégorie invisible »
     Arrivée du Gujarat (Inde) dès la fin du XIXe siècle, la petite communauté des ismailis du Mozambique (environ 3 000 membres) quittera la colonie en 1975. Les ismailis font partie des populations qui ont constitué l’histoire du colonialisme portugais. Quasi invisibles dans les documents officiels (archives, statistiques),  peu connus des populations africaines qui les confondent avec les autres indiens, lesquels sont pourtant très au clair sur ce qui fait leurs « grandes et petites differences », les ismailis affirment une spécificité éducationnelle et cultuelle, obeissent aux enjeux politiques et aux injonctions économiques de leur chef, Aga Khan, soucieux de leur bien être matériel, et de leur organisation religieuse.
    Le traitement des entretiens avec les membres de cette communauté qui a pu suppléer aux trous des documents officiels, feront de ces deux sources historiques et socio-anthropologiques,  l’objet de notre réflexion. D’une façon plus élargie, c’est aussi de la nature du colonialisme portugais dont il s’agit,  différent de celui de ses voisins britannique et français où sont également installées des communautés ismaili avec lesquelles celle du Mozambique entretient des liens à la fois forts et limités.
  • Boris Adjemian (chercheur affilié à l’IMAF, docteur en histoire de l’EHESS et de l’Université « L’Orientale » de Naples),  « Quelle histoire pour une communauté disparue ?
 Les Arméniens en Éthiopie et les usages du matériau biographique »
    L’immigration arménienne en Éthiopie a commencé à la fin du XIXe siècle et a donné naissance à une petite communauté qui s’est développée jusqu’à la révolution éthiopienne de 1974. Les immigrants arméniens et leurs descendants n’ont jamais été nombreux (1 200 personnes à l’apogée de la communauté) mais se sont distingués au XXe siècle par la multiplicité et la qualité de leurs ancrages dans la société locale, de la cour impériale d’Éthiopie à la vie professionnelle, culturelle et domestique. Néanmoins, cette sédentarisation, processus subtil et invisible, est absente des livres d’histoire et des archives. Pour retrouver et faire émerger le « homeland arménien » qui s'est épanoui en Éthiopie dans cette période, l’historien doit créer ses propres archives. Dans cette perspective, je discuterai de l’apport des sources orales et iconographiques mises au jour sur le terrain, et singulièrement des usages que j’ai pu faire des récits d’Avédis Terzian (1904-2000), un corpus complexe tendant à dresser l’« autobiographie collective » de la communauté.

Vendredi 20 janvier 2017 :

  • Silvia Falconieri (CNRS-Centre d'Histoire Judiciaire, Université Lille 2), « Les signes corporels de la citoyenneté. Le cas des personnes nées de parents inconnus dans les empires français et italien (fin XIXe siècle-1946) »
    Aux XIXe et XXe siècles, le façonnage et le maintien de l’ordre juridique dans les territoires ultramarins reposent en large partie sur l’observation des « faits », susceptibles de déroger aux principes du droit métropolitain. Dans ce cadre, l’observation du corps, en particulier, acquiert une certaine ampleur, surtout lorsqu’il s’agit de parvenir à la définition de statuts juridiques – de citoyen et de sujet au premier chef. Le cas des personnes nées de parents inconnus, sur lequel nous nous arrêterons, représente un exemple très marquant de la mobilisation des signes corporels de la part des spécialistes du droit colonial.
    Loin d’être une solution spécifique à l’empire français, l’intégration des signes corporels dans les discours et dans les pratiques juridiques relatives la citoyenneté semble acquérir une dimension transnationale. Des solutions proches de celle française se retrouvent dans le droit colonial d’autres pays européens qui, comme l’Italie, se posent le problème de parvenir à classer juridiquement les personnes dépourvues de tout lien légal de filiation.
    Quels sont les signes corporels dont les juristes font usage ? Comment s’en approprient-ils en les traduisant dans le discours du droit ? Est-il possible d’envisager que le recours à l’observation du corps représente une solution partagée entre les différentes  puissances coloniales européennes ?
    À l’aune de ces questionnements et dans une perspective comparative entre les empires français et italien, nous interrogerons les principales sources juridiques françaises et italiennes relatives à la période prise en compte.
  • Antonio De Almeida Mendes (maître de conférences, UFR Histoire, Histoire de l'Art et Archéologie, Université de Nantes), « Pretas et Pretos forros à Lisbonne : migrations de travailleurs africains, brésiliens et indiens vers l’Europe du sud aux XVIIIe-XIXe siècles. »
    De casa de José de Liz, morador na rua do Sacramento à Lapa n.º 45 ,fugio no dia 15 para 16 do corrente huma preta sua escrava de idade de 18 annos, por nome Catharina Angelica, aliàs Angerico, segundo ela se expressa: altura mais que mediana, grossa de corpo, cara redonda, de córfulla, cielhas furadas : tendo hum jozezinho encarnado com peluças pretas já usado. Quem a conduzir a casa do sobredito, ou à loja n.º 13 de Mercearia junto ao Arco do Marquez a S, Paulo, receberá boas alviçaras. Se alguem a tiver refugiada em sua casa, e a não for entregar a qualquer dos sitios indicados, ficará responsavel por todos os damnos por ella causados com a sua fuga.
    Gazeta de Lisboa, 1810
    Parue le 25 septembre 1810 dans la Gazeta de Lisboa, périodique de grande diffusion, cette annonce de fuite d’une esclave noire est semblable aux annonces que l’on trouve au même moment dans les journaux nord-américains ou brésiliens. Dans la presse officielle portugaise, les annonces d’esclaves fugitifs ou mis en vente par leurs propriétaires sont fréquentes jusqu’aux années 1860. Il s’agit d’un esclavage essentiellement domestique. La présence d’un esclavage légal et non dissimulé en Europe à une période si tardive peut surprendre. De fait le Portugal avait adopté le principe du « sol libre » en 1761, qui en théorie rendait illégal l’importation d’esclaves depuis ses colonies d’Afrique, d’Asie et des Amériques. Les tensions sur le marché du travail, l’évolution des sociétés esclavagistes dans les colonies d’Afrique et des Amériques et le maintien des circuits esclavagistes rendaient difficiles le passage à une société portugaise sans esclaves tout en offrant les conditions à l’existence l’existence d’un esclavage légal au Portugal. L’abrogation du statut de liberto en 1773 devait en pratique permettre aux descendants d’esclaves de pouvoir exercer des professions dont ils étaient jusqu’alors exclus en raison de leur ascendance impure et d’échapper ainsi à des formes de dépendance personnelles. En réalité la fin des statuts de liberto coincide avec l’apparition des nouvelles catégories statutaires et juridiques de serviçais et de criados. A Lisbonne mais aussi à Madrid, on retrouve dans les métiers du service et de la domesticité de nombreux hommes et femmes de couleurs originaires des possessions coloniales. Ils sont souvent définis par leur couleur : pardo/parda et preto/preta. Nous n’avons pas d’éléments biographiques concernant l’esclave Catarina Angelica mentionnée dans l’annonce. Son propriétaire José de Liz mentionne qu’elle parle la lingua do preto, la langue des Africains, qui se caractérise par des déformations de la grammaire et de la phonétique. Au-delà de la reproduction d’un stéréotype linguistique et racial, qui est présent dès les premières années du XVIe siècle et perdure jusqu’au XXe siècle, il s’agissait de signifier que Catarina Angelica faisait partie des noires ladinas intégrées à la société, baptisées et capables de s’exprimer en portugais. Ceux que l’on retrouve dans la documentation désignés comme pretos et pretas n’était plus majoritairement des esclaves au début du XIXe siècle et pouvaient exercer une cativité rémunérée. Ils demeuraient néanmoins visibles et assimilés à l’esclavage. La difficile transition de l’esclavage vers la liberté, et l’ambiguité des liens entre les métropoles ibériques et les domianes coloniaux, ne doit pas nous conduire à poser une histoire linéaire de l’esclavage des Africains en péninsule Ibérique entre le XVe et le XIXe siècle. Elle interroge les conditions de production à l’échelle locale de catégories sociales et raciales issues de l’esclavage. 

Vendredi 3 février 2017 :

  • Dominique Ranaivoson (maitre de conférences HDR, Université de Lorraine), « L’archive aux mains des écrivains : l’exemple du malgache Raharimanana et l’insurrection de 1947 »
    Si l’historien fonde son travail sur des archives, qui, en tant que sources, sont respectées voire sacralisées, il est aussi en demeure de les contextualiser avant de les agencer selon un schéma narratif qu’il construit. Ces mêmes archives, entre les mains d’écrivains, d’artistes, qui ont d’autres méthodes pour d’autres objectifs, deviennent une matière à partir de laquelle se développe une création qui n’obéit plus aux contraintes des historiens. Cependant, la mention, voire la représentation de ces archives, quand elles apportent une caution scientifique à des œuvres poétiques, modifient de manière ambivalente la réception des œuvres littéraires.
    Raharimanana est malgache ; il vit en France où il a écrit une série d’œuvres sur l’insurrection de 1947 en explorant diverses formes littéraires, toutes hybrides : roman (Nour, 1947, 2001), témoignage assorti de photos d’archives (Madagascar, 1947, 2007), commentaires de portraits d’anciens combattants (Portraits d’insurgés, 2011), pièces de théâtre (Rano, rano, 2015). Chaque fois, il utilise des archives mais les reprend, les associe à d’autres récits, les intègre à une réflexion plus générale et personnelle puis revendique dans des entretiens tantôt faire œuvre d’historien parce que « rien n’existe », tantôt s’approprier de manière libre des références communes.
    Nous nous proposons de présenter, en analysant ces méthodes, ces diverses publications afin de mettre en évidence ce qui relève de la stratégie, de la poétisation, de la falsification. Nous tenterons de comprendre les réceptions diverses (selon les pays et les milieux, les littéraires et les historiens) dont il bénéficie avant, en conclusion,  d’ouvrir le débat sur les liens toujours complexes entre l’histoire et la  littérature.  
  • Elara Bertho (THALIM-Paris 3-Sorbonne Nouvelle), « Mises en scène et usages des archives en littérature. Autour de la Chimurenga (Zimbabwe) »
    La confrontation de documents d’archives et d'œuvres littéraires permettra d’analyser les différents types de réutilisations de la production documentaire coloniale en littérature, et les modalités de leurs récritures. Nous montrerons comment la première Chimurenga (1894-1897), dans l’actuel Zimbabwe, devient un motif littéraire majeur au moment de la seconde Chimurenga (1966-1979) et reste une source d’inspiration importante après l’indépendance. L’articulation entre l’archive et la fiction (à travers un parcours des œuvres d’Yvonne Vera, Stanlake Samkange, Solomon Mutswairo, Chenjerai Hove) rend compte de processus mémoriels complexes, interrogeant les mécanismes d’écritures de l’histoire coloniale et des potentialités subversives du fait littéraire. 

10 mars :

  • Elke Stockreiter, American University, Washington, DC, Dept. of History « Islamic Law, Gender, and Social Change in Post-Abolition Zanzibar »

This paper draws on Islamic court records to offer new insights into Zanzibar’s social and legal history during the British colonial period (1890-1963). Based on these hitherto unexplored sources, it revises our understanding of gender roles in a Muslim marriage and within the household. It further challenges studies on slavery and female exclusion from the economic and legal sphere on the East African coast, as the court records demonstrate the ubiquity and social acceptability of female economic agency. They also shed new light on litigants’ use of Islamic courts as well as on Muslim and British colonial officers’ approaches toward Islamic law. Although British interference with Zanzibar’s judiciary dates back to the early nineteenth century, the paper argues that Muslim judges maintained their autonomy within the sphere of family law throughout the colonial era. Contrary to the opinions of scholars and the Zanzibaris themselves, Muslim judges were advancing women’s and ex-slaves’ rights long before the post-colonial period, thereby indicating that class was a more important determinant of women’s identities than gender. The sources further allow us to better understand an important shift in Muslim identity that occurred in the colonial period: whereas Zanzibari Muslims had seen themselves primarily through the lens of religion in the nineteenth century, by the early twentieth century, after the vast majority of freed slaves had adopted Islam, they began to view themselves through the lens of ethnicity. The increasing focus on ethnicity, together with underlying tensions between former slave owners and newly freed slaves, contributed to the outbreak of the revolution of 1964, which ousted the Omani Arab oligarchy.

  • Ismail Warscheid (IRHT-CNRS) : « Translating normative discourse into social facts: Islamic legal literature and the making of society in premodern Western Africa (Mauritania, Mali, southern Algeria) »

For several decades now, Islamic legal literature has been serving as a source for the social and cultural history of pre-modern Muslim societies. At the same time, a range of scholars has also raised important methodological caveats by stressing the fact that legal sources are foremost normative texts. When discussing local issues in the language of the fiqh, the intention of Muslim jurists is not so much to preserve the cultural memory of their communities as to think of these issues as a normative problem that, at one moment, has come up either as a case (rafaʿat al-nāzila) or as a generic question (masʾala). In my presentation, I would like to take a step further by examining how normative propositions elaborated by Muslim jurists from the Western Sahara between the seventeenth and the nineteenth centuries affected social interaction between local pastoral groups. Texts to be discussed are, among others, the Nawāzil of al-Sharīf Ḥamāh Allāh from Tishit (d. 1755), the Ghunya compiled in the Algerian Tuwat oasis during the first half of the nineteenth century, and the Kitāb al-Bādiya written by the Mauritanian nomadic scholar Muḥammad al-Māmī (d. 1865-6).

Aires culturelles : Afrique,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

Centre : IMAF - Institut des mondes africains

Renseignements :

sur rendez-vous uniquement.

Direction de travaux d'étudiants :

sur rendez-vous uniquement.

Réception :

sur rendez-vous par courriel : elenavezz(at)gmail.com.

Niveau requis :

licence.

Site web : http://afrorient.hypotheses.org/

Adresse(s) électronique(s) de contact : elenavezz(at)gmail.com, silviabruzzi(at)yahoo.it, hv.medard(at)wanadoo.fr, violaine.tisseau(at)gmail.com

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 3 mars 2017.

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