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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Prendre les Anciens au mot : ce que l'Antiquité fait à la modernité

  • Sandra Boehringer, maîtresse de conférences à l'Université de Strasbourg ( Hors EHESS )
  • Romain Brethes, professeur de Chaire supérieure (Lycée Janson-de-Sailly, Paris) ( Hors EHESS )
  • Claude Calame, directeur d'études de l'EHESS (TH) ( AnHiMA, CRAL )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Florence Dupont, professeure émérite à l'Université Paris-Diderot (TH) ( Hors EHESS )
  • Stavroula Kefallonitis, maître de conférences de grec ancien, à l'Université de Lyon (UJM Saint-Etienne) ( Hors EHESS )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mercredi de 17 h à 19 h (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris), les 9 novembre, 14 décembre 2016, 11 janvier, 8 février, 8 mars, 19 avril, 10 mai et 14 juin 2017. La séance du 19 avril se déroulera en salle 5 (105 bd Raspail 75006 Paris). La séance du 11 janvier se déroulera exceptionnellement de 19 h à 21 h (salle M. & D. Lombard). La séance du 8 mars est reportée au 30 mars (salle 13, 105 bd Raspail 75006 Paris)

L’Antiquité gréco-romaine nous tend des pièges conceptuels et culturels : les termes grecs ou latins, comme theatron, muthos, religio, eros, philosophia, fabula, res publica, demokratia, n’avaient ni le sens ni les emplois que nous donnons aujourd’hui à théâtre, mythe, érotisme, philosophie, fable, république ou démocratie. L’identité formelle entre les termes anciens d’un côté, français de l’autre donne l’illusion que nous pouvons les utiliser sans précaution, sans traduction anthropologique. Ils ont fini par renvoyer à des concepts anhistoriques, souvent présentés comme des catégories universelles.

On s’intéressera donc aux pratiques discursives correspondant à l’usage de ces mots, puis aux réalités sociales auxquelles ces termes renvoient, grâce à une approche croisant les acquis de l’anthropologie, de la sociologie et de la linguistique pragmatique de l’énonciation, en rompant avec les habituelles analyses textuelles. On pourra ainsi revisiter les savoirs que ces pratiques antiques construisent dans leurs contextes historiques et culturels propres. Pratiquer l’écart ne vise pas seulement à mesurer la distance anthropologique qui sépare modernité et Antiquité, mais aussi, à partir de là, à jeter un regard critique sur la modernité.

Programme

9 novembre 2016 : Sophie Klimis (Université Saint-Louis-Bruxelles), « Onoma : des jeux syntaxiques sur les mots des Anciens à la sacralisation du paradigme lexical des Modernes »

14 décembre 2016 : Adeline Grand-Clément (Univ. de Toulouse 2 Jean Jaurès) Equipe PLH-ERASME, Programme « Synaesthesia » : https://synaesthes.hypotheses.org/ « Over the Rainbow: les couleurs des Grecs vs le spectre chromatique de Newton »
Newton a réussi un tour de force génial : nous faire croire que l’arc-en-ciel a sept couleurs. Son Traité d’optique, exposant le fruit des expériences qu’il a menées avec le prisme, autour de la décomposition de la lumière, a ainsi profondément marqué la façon dont la culture occidentale perçoit aujourd’hui l’univers des couleurs. Accusé par certains poètes et artistes contemporains d’avoir « détissé » ou « désenchanté » l’arc-en-ciel, le savant a finalement réussi à imposer une façon de voir. Il en existe d’autres, et le monde grec en offre un bon exemple. Chez Homère, l’arc-en-ciel est « pourpre », tandis que pour Xénophane, il est de trois couleurs…
Les études menées par les ethnologues et les anthropologues dans différentes parties du monde ont mis en évidence la grande diversité des lexiques chromatiques qui existent sur la planète, et souligné le rôle que jouent la culture et l’éducation dans la construction de la perception et de la dénomination des couleurs par les différentes sociétés. C’est donc en abandonnant le cadre théorique défini par Newton que l’on peut, à l’aide des méthodes de l’anthropologie historique, comprendre la façon dont les Grecs appréhendaient les couleurs et pourquoi, chez Homère, l’arc-en-ciel est pourpre.

  • Répondante : Emmanuelle Valette (Université Paris-Diderot Paris 7)

11 janvier 2017 : Michel Blonski (Université de Paris-Sorbonne Paris 4), « Visions romaines du propre et du sale »
Comment les Romains appellent-ils le « sale » et le « propre », le « pur » et l’« impur » ?  Nombreux sont les mots que leur vocabulaire met à leur disposition : mundus, lautus, spurcus, sordidus, etc. Si purus/impurus ou immundus nous semblent familiers, il faut se rendre à l’évidence que ces termes renvoient en réalité à un imaginaire romain bien particulier, à la fois global (monde de la cité vs chaos de l’entropie) et spécifique à chacun d’entre eux, et qu'il faut être pour le moins précautionneux si l'on souhaite les transposer tels quels dans notre présent. Reste enfin une porte ouverte à de nombreux  domaines d’analyse dont le genre n’est pas le moindre.

  • Répondante : Sandra Boehringer (Université de Strasbourg)

8 février 2017 : Claude Calame, « Religio et religion : entre dogme christianocentré et relativisme anthropologique »
Dans un livre de vulgarisation intelligente intitulé The God Delusion (Londres 2006), le très médiatique éthologiste et épistémologue Richard Dawkins a donné de la religion une définition compréhensive. La religion correspondrait à un ensemble d’idées parmi lesquelles la survie après la mort physique, l’existence d’un paradis réservé aux méritant-es, la croyance en Dieu comme vertu suprême, etc. Dénommer cet ensemble religion, c’est usurper le double sens latin de religio, qu’on le fasse dériver de relegere (« relire attentivement », « revenir en pensée sur »), comme le propose Cicéron, ou de religare (« lier »), selon l’étymologie avancée par Servius : soit le soin scrupuleux du rite, soit la vénération pour une divinité. Mais ce n’est qu’avec Tertullien que la falsa religio (des païens) est opposée à la vera religio (des chrétiens). Prétexte à un retour anthropologique sur la modernité pour montrer comment nos concepts de « religion » et de « religieux » s’inscrivent dans une perspective universalisante, largement christiano- et européocentrée.

  • Discutant : Erwan Dianteill (Université Paris Descartes)

30 mars 2017 (salle 13, 105 bd Raspail 75006 Paris) : Charles Delattre (Université de Paris Ouest Nanterre-La Défense), « Muthos et historia. Pratiques sociales et culturelles pour en finir avec la mythologie »

  • Discutant : Claude Calame (EHESS - Paris) 

Le British Museum conserve un bas-relief célèbre, l’Apothéose d’Homère, qui représente en trois registres distincts le poète accompagné des Muses et de diverses personnifications, parmi lesquelles on ne sera pas surpris de retrouver l’Iliade et l’Odyssée, ainsi que Poièsis. Plus étonnant pour nous, de part et d’autre d’un autel figurent Muthos et Historia, identifiables grâce à l’inscription de leur nom tout en bas de la stèle, qui participent à la célébration du poète.
Le Mythe et l’Histoire, au secours de la Poésie ? L’enjeu de cette présentation est de résister à l’identification de ces personnifications antiques avec nos concepts modernes. L’Apothéose d’Homère n’est pas le frontispice d’un ouvrage de mythologie, qui ferait d’Homère le père de l’histoire et des contes. En Égypte ptolémaïque, où il a été sculpté, puis dans le Latium impérial, où il été déplacé et conservé, le bas-relief a servi des intérêts multiples, favorisant entre autres la construction d’une identité culturelle en pays non grec. C’est à cela que contribuent, à l’époque hellénistique et impériale, Muthos et Historia. Loin des traités d’histoire et des dictionnaires de mythologie, ces deux termes jouent un rôle crucial dans des pratiques culturelles et sociales qui disent au quotidien le rapport complexe et polymorphe que les Méditerranéens de l’Antiquité ont eu avec leur passé, voire leur propre présent.

19 avril 2017 (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris) : Olivier Renaut (Université de Paris Ouest Nanterre-La Défense), « Les pathè chez Aristote : nos émotions? À propos de Rhétorique II »

10 mai 2017 : Sandra Boehringer (Université de Strasbourg), « Des Sabines à l’affaire DSK : violence sexuelle, vulnérabilité et consentement sous l’éclairage de l’antiquité gréco-romaine »

14 juin 2017 : Tristan Mauffrey (Université de Paris Diderot-Paris 7), « L’Iliade tibétaine d’Alexandra David-Néel : les présupposés homériques d’une lecture moderne de l’ “épopée“ de Gesar »

Mots-clés : Culture,

Aires culturelles : Europe,

Suivi et validation pour le master : Mensuel annuel/bimensuel semestriel (12 h = 3 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulés généraux :

  • Claude Calame- Littérature et société en Grèce ancienne
  • Direction de travaux d'étudiants :

    s'adresser à Claude Calame, claude.calame(at)unil.ch.

    Niveau requis :

    master.

    Site web : http://anhima.fr/

    Site web : http://cral.ehess.fr/

    Adresse(s) électronique(s) de contact : claude.calame(at)unil.ch, latinjussieu(at)aol.com

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 24 février 2017.

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