Logo EHESS

baobab
Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Expériences de l’anticapitalisme II. Ontologies et épistémologies

  • Noël Barbe, conseiller pour l'ethnologie au ministère de la Culture ( IIAC-LAHIC )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Jean-Louis Tornatore, professeur à l'Université de Bourgogne (TH) ( Hors EHESS )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e vendredis du mois de 10 h à 12 h (salle 2, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 25 novembre 2016 au 9 juin 2017. Pas de séance le 9 décembre 2016

Le séminaire poursuit, dans le prolongement de l’année précédente (2015-16), l’exploration du champ de recherche ouvert, à savoir l’analyse des expériences auto-encodées sous le registre de l’anticapitalisme et qui portent des projets de modernités alternatives à la modernité capitaliste.

Après une période de reflux – diversement qualifiée –, les années 1990, 2000, ainsi que la situation politique actuelle, voient se développer de nouvelles formes de la critique sociale et politique, des essais de refondation des théories critiques. Alors que Boltanski et Chiapello analysaient  « l’esprit du capitalisme », comme ce qui « justifie l’engagement dans le capitalisme », le séminaire porte sur ce que seraient un ou des esprits de l’anticapitalisme

L’analyse est conduite à partir de quelques points de problématisation : l’encodage des formes à combattre, les manières d’accorder et d’articuler les temporalités, les modalités de la prise de décision politique et de la gestion des autorités, la construction de l’anticapitalisme comme expérience et comme légitimité., les espaces d’affrontement.

25 novembre 2016 : Alain Brossat, « Des gestes plébéiens pour une autre politique »
Alain Brossat, philosophe, est l'auteur de nombreux ouvrages dont, récemment, Le plébéien enragé. Une contre-histoire de la modernité de Rousseau à Losey, Le passager clandestin 2013.

9 décembre 2016 : pas de séance

13 janvier 2017 : Enzo Traverso (professeur de sciences humaines à Cornell University, New York), « Mélancolie de gauche. La charge subversive du deuil révolutionnaire »
Pendant deux siècles, la culture de gauche — anarchiste, socialiste, communiste — impliquait une prescription mémorielle : elle voulait sélectionner le souvenir des expériences passées afin de les inscrire dans le futur. Il y a presque trente ans, la fin du socialisme réel a révélé une rupture dans cette dialectique entre passé et futur ; depuis, la fin des utopies engendrée par notre temporalité « présentiste » a presque éteint cette mémoire de gauche. La tension dialectique entre le passé comme « champ d’expérience » et le futur comme « horizon d’attente » (Koselleck) est devenue une sorte de « dialectique négative », mutilée. C’est dans ce contexte qu’une vision mélancolique de l’histoire comme remembrance des vaincus — une « tradition cachée » de la gauche — réapparaît à la surface. Son principal représentant est sans doute Walter Benjamin, mais elle inclut une vaste constellation d’auteurs, d’Auguste Blanqui à Rosa Luxemburg, de Lucien Goldmann à Daniel Bensaïd. Ses productions ne sont pas exclusivement textuelles mais aussi esthétiques, car elles trouvent une expression accomplie dans la peinture et le cinéma. Cette mélancolie de gauche n’est ni passive ni résignée ; elle tisse la trame d’un travail du deuil qui stimule la pensée critique et la refondation d’un projet émancipateur. C’est la condition nécessaire pour reconnaître les défaites subies sans pour autant se réconcilier avec l’ordre dominant.

27 janvier 2017 : Pascal Nicolas Le Strat (professeur en sciences de l'éducation, université de Paris 8), « Le commun comme expérience oppositionnelle »
L’engagement pour le commun rouvre une espérance avec le refus de se laisser déposséder tant par une gestion étatique lourdement bureaucratisée, que par le fonctionnement arbitraire et inégalitaire du marché. Il s’efforce de défaire les logiques dominantes et, dans le même mouvement, il en expérimente de nouvelles. Il destitue et réinstitue. Il combat et instaure. Ses critiques sont systématiquement actées dans des alternatives mises en action. Commun est donc une notion à double détente ; elle signe une opposition aux institutions dominantes (le commun est oppositionnel ou ne l'est pas) et elle désigne de multiples expérimentations en quête d’alternatives et d’autonomie (Une réinstitution imaginaire de la société).

Pascal Nicolas Le Strat est sociologue, professeur à l'Université Paris 8 - Saint-Denis. Ses thèmes de recherche concernent les micropolitiques de création et de résistance et les formes d'expérimentation sociale et politique. Il vient de faire paraître "Le travail du commun", aux éditions du commun (Rennes). L'ensemble de ses travaux est proposé en libre accès sur son site www.le-commun.fr

10 février 2017 : Julien Talpin (chargé de recherches au CNRS, CERAPS), « Les classes populaires fers de lance des luttes anti-capitalistes ? Le travail militant du community organizing en Californie »
Comment les luttes anticapitalistes peuvent-elles être menées par les premières victimes du capitalisme, à savoir les classes populaires et les salariés précarisés ? Alors que les mouvements sociaux anticapitalistes sont souvent l’œuvre de classes moyennes éduquées et politisées, le community organizing tente, en Californie, de faire des classes populaires les fers de lance de ces luttes. Cela passe par un travail de politisation des colères ordinaires, de « verticalisation » des injustices exprimées pour s’attaquer à leurs racines structurelles qui sont alors souvent renvoyées au « système capitaliste ». L’encodage de l’ennemi, relativement flou, ne semble pourtant pas s’articuler, dans ce cas, à la désignation précise d’un horizon alternatif à atteindre. Ces organisations mènent des campagnes spécifiques pour s’attaquer aux inégalités produites par le capitalisme : régulation des activités bancaires, lutte pour une fiscalité plus progressive, etc. Mais, en voulant obtenir des victoires « ici et maintenant », en arguant que les pauvres n’ont pas le temps d’attendre le grand soir, ces campagnes n’obtiennent que des concessions modérées et des réformes graduelles. Ces difficultés sont redoublées par le refus de tout horizon idéologique précis et la défense d’une forme de pragmatisme qui empêchent d’inscrire ces luttes dans un projet politique à long terme.
Julien Talpin est chargé de recherche en science politique au CNRS (CERAPS/Université de Lille). Ses recherches portent sur l’engagement dans les quartiers populaires en France et aux États-Unis. Il a récemment publié Community Organizing. De l’émeute à l’alliance des classes populaires (Raisons d’agir, 2016). 

24 février 2017 : Philippe Ngo & Capucine Truong, Sciences Po Paris "Enquêter à Nuit Debout"

10 mars : Aurélie Trouvé, maître de conférences en économie, AgroParisTech. "Agriculture : critiques et alternatives au productivisme et au néolibéralisme"

24 mars 2017 : Hadrien Delahousse, Transnational Institute of Social Ecology "Murray Bookchin et le confédéralisme démocratique"

28 avril 2017 : Léo Coutellec, chargé de recherche, Espace éthique Ile de France et EA 1610 « Études sur les sciences et les techniques », Université Paris Sud. "La voie agri-culturelle. Ruptures et transitions pour sortir du productivisme agricole et de son monde"

12 mai 2017 : Rémi Bénos, géographe, Université de Toulouse (INUC Albi) & Samuel Challéat, géographe, Laboratoire LISST-Dynamiques Rurales "Le pouvoir de la nuit. Nouveaux hygiénismes et capitalisme vert"

26 mai 2017 :  Sylvaine Bulle (CRESPPA-LabTop-Paris 8), Grammaires de l’anticapitalisme  et des mouvements autonomes : La forme Zad et la forme occupation

9 juin 2017 : à préciser

Renseignements :

par courriel.

Adresse(s) électronique(s) de contact : noel.barbe(at)cnrs.fr, jl.tornatore(at)free.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 16 février 2017.

Contact : service des enseignements ✉ sg12@ehess.fr ☎ 01 49 54 23 17 ou 01 49 54 23 28
Réalisation : Direction des Systèmes d'Information
[Accès réservé]