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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Citoyennetés académiques : slow science et recherche-action

  • Véronique Bayer, doctorante à l'EHESS ( IRIS )
  • Marc Bessin, chargé de recherche au CNRS (TH) ( IRIS )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

  • Isabelle Bourgeois, sociologue à Icône Médiation Santé ( Hors EHESS )
  • Anne Marchand, doctorante à l'Université d'Évry Val d'Essonne – IDHES ( Hors EHESS )
  • Zoé Rollin, doctorante contractuelle à l'EHESS ( IRIS )

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er jeudi du mois de 9 h à 12 h (salle 587, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 3 novembre 2016 au 1er juin 2017. La séance du 2 mars se déroulera en salle 015, RdC, bât. Le France. Séance supplémentaire le 30 mars (salle 587). Pas de séance le 4 mai

La séance du 1er juin 2017 se déroulera en salle AS05_51 (5e étage) 54 bd Raspail 75006 Paris.

Ce séminaire interroge la place du chercheur dans la société, « l’utilité » de son travail, sa commune humanité avec ses enquêtés et son engagement citoyen. Le mouvement actuel de restructuration des institutions de la production et de la transmission des connaissances transforme le monde académique selon une certaine logique de l’excellence, désormais bien ancrée, qui tend à assigner l’expertise aux seuls chercheurs, tout en leur imposant d’intéresser les partenaires industriels ou culturels, en adaptant leurs temporalités à celles du marché.

Nous plaidons pour une autre conception de la citoyenneté académique, qui loin de défendre une autonomie de la recherche, redonne aux acteurs ordinaires leur part d’expertise et impose aux chercheurs de tisser avec eux de nouveaux liens de coopération, en ne négligeant pas leur demande sociale et ce qui doit leur être restitué du travail scientifique. Notre dynamique s’inspire de l’épistémologie féministe de la connaissance située qui a renouvelé la question de la neutralité et du point de vue et des approches du care qui aident à nous méfier des dichotomies (ombres/lumières ; privé/public ; profane/expert…) structurant la démarche scientifique.

Nous nous intéresserons aux recherches-action, interventionnelles ou communautaires, qui, par définition, agissent sur le réel autant qu’elles l’observent, en prenant pour base que la présence du chercheur modifie forcément son terrain, et que la réflexivité vaut mieux que la prétendue neutralité chère aux tenants du positivisme. Différentes temporalités s’articulent dans ces démarches scientifiques, et il s’avère dès lors heuristique de les analyser à l’aune des valeurs du mouvement Slow science qui propose de résister à l’esprit gestionnaire en prenant le temps de la coopération scientifique pour défendre l’inventivité et la liberté du chercheur, sans le confiner dans sa « tour d’Ivoire ».

Ces tensions seront observées à partir de recherches-action menées dans différents domaines et nous présenterons également des expériences innovantes de recherche.

Programme :

3 novembre : Claire Ribreault et Livio Riboli-Sasco, ​animateurs de l'​Atelier des jours à venir "Lorsque des citoyens « commanditent » des recherches et bousculent les institutions académiques"

1er décembre : Jean-Marie Le Gall (AIDES)  « Citoyen-ne chercheur-e et/ou chercheur-e citoyen-ne, un nouveau Janus ? Retour sur des recherches en santé communautaire »

  • Comment se repérer dans les différents modèles de recherche participatives, collaboratives et communautaires ?
  • Intérêts et enjeux de la construction des collaborations dans les différentes étapes d’un recherche.
  • Quid des places et des postures de chacun dans la tension entre engagement et distanciation ?

Jean-Marie Le Gall, Formation universitaire initiale de vétérinaire (1983)

Parcours de militant engagé dans un volontariat (bénévole) dans l’association AIDES de 1992 à 2014, sur différents types d’action (accompagnement, réduction des risques, plaidoyer et gestion associative), au niveau local (Loire Atlantique), régional (Grand Ouest) et national.

Militant salarié de l’association AIDES de 2002 à 2014 en charge du secteur national des actions communautaires (méthodologie, formation) puis de la création et de l’animation du secteur recherche communautaire à AIDES de  2007 à 2014 (Mission Innovation Recherche Evaluation).

Responsable ou co-responsable de projets de recherche communautaire notamment de recherches interventionnelles multidisciplinaires sur le dépistage non médicalisé (ANRS COMTEST), l’accompagnement à l’injection (ANRS AERLI) ou la prophylaxie pré-exposition du VIH (ANRS Ipergay).

Actuellement associé au démarrage d’une boulangerie bio à Saint Nazaire et engagé dans la promotion de modes alternatifs de production et de consommation.

5 janvier : Recherche action dans une perspective féministe et d'Education populaire ​​avec des membres du Collectif ​La Trouvaille ​

2 février : Blandine Destremeau, directrice de recherche au CNRS/Iris ​"Engagement, distance, participation. Retour sur expériences de recherche"

Blandine Destremau nous présentera un retour réflexif sur ses pratiques de recherche, comme une zone  grise entre recherche "pure" et expertise,  et sur les bricolages, participations, engagements, arrangements pragmatiques qu'elle a construits de façon intuitive, ad hoc, réactive. Elle analysera quatre types d'expériences, ou de situations, pour s'interroger sur la façon de qualifier ces pratiques. Elle proposera finalement de partager une réflexion sur les vocables pertinents pour désigner ces types de pratiques, sur les formes de productions qui en découlent, et sur la façon dont elles peuvent s'inscrire dans une "slow science".

2 mars : Syndicalisme et recherche action ​avec des s​yndicalistes de la CGT et de Solidaires, engagés dans des recherches-actions

Les sciences humaines et sociales ont depuis longtemps abordé le syndicalisme comme un objet de recherche et les travaux le concernant sont légion. Mais il existe une dimension davantage méconnue, celle du syndicalisme comme acteur de la recherche, contributeur à la production de connaissances. La pratique de l’enquête ouvrière, initiée dès le XIXe siècle, périodiquement réactivée, demeure bien vivante, revisitée par certaines organisations syndicales, sous différentes formes et à différentes fins.

Syndicalisme et sciences sociales : quelles complémentarités, quelles limites, quelles questions pour agir ? Conçues dans une visée émancipatrice, pour redonner du pouvoir d’agir, individuel et collectif, aux salariés, les recherches action (ou enquêtes action) initiées par les organisations syndicales permettent de rendre visibles des dimensions de l’activité de travail autrement inaccessibles et revitalisent l’action syndicale. Mais ces expérimentations se heurtent également à des difficultés spécifiques à leur champ.
Pour rendre compte de ces expériences et des questions qu’elles soulèvent, nous accueillerons trois intervenants:

  • Bernard Bouché, syndicaliste à L'Union syndicale Solidaires et à son centre de formation,
  • Yves Bongiorno, syndicaliste à la CGT, membre du comité de pilotage confédéral « Travail et émancipation » et du groupe d’appui confédéral « travail et santé »
  • Philippe Davezies, enseignant-chercheur en médecine et santé au travail, Université Lyon 1, retraité.

30 mars : Les sciences participatives dans l'Académie.

Sandra Laugier (philosophe, professeure à l'Université Paris 1, et directrice scientifique adjointe  à l'INSHS du CNRS) sera avec nous. Nous évoquerons notamment les réflexions menées au sein du CNRS ou de l'Alliance Athena sur les sciences participatives.
Qu'est-ce que la participation dans la recherche ?
Quelles en sont les enjeux à la fois scientifiques et politiques ?
Ne s'agit-il au fond pour les chercheurs que de trouver de nouveaux moyens pour  aller plus vite afin d'accéder à des données  ?
Ce seront quelques unes des questions qui seront abordées dans le séminaire avec Sandra Laugier, qui est l'une des théoriciennes des questions de participation politique, mais aussi l'une des maîtres d'oeuvre de la politique scientifique du CNRS, ce qui nous permettra d'évaluer les processus de légitimation et d'institutionnalisation de ces rapports différents à la production de connaissance.

4 mai : Recherches participatives

1er juin : Hélène Tanné (Planning familial 92) et Gwenaëlle Ferré (CMS d'Aubervilliers), animatrices du Collectif d'Action Féministe Outils "La posture et la démarche d'accueil, d'écoute et d'accompagnement des femmes victimes de violences ou les paradoxes du "faire avec"

Présentation des intervenantes :

Gwenaëlle Ferré

Actuellement coordinatrice et conseillère conjugale et familiale d'un centre de planification de Seine-Saint-Denis, elle a été formée au Mouvement Français pour le Planning Familial 93 et 94. Elle développe depuis des outils pour sensibiliser des jeunes, des adultes et des professionnel.le.s sur les questions de genre, plus particulièrement sur les sexualités et les violences sexistes. Praticienne du théâtre de l'opprimé et animatrice d'éducation populaire, elle a mené de nombreux ateliers et formé de nombreux/ses professionel.le.s à cette technique ainsi qu'aux enjeux de l'égalité femmes/hommes. Gwenaëlle Ferré a contribué au dernier livre de la CADAC sur les "luttes et réflexions féministes pour faire avancer la société : pratiques, réappropriation de notre corps et transmissions." Elle est en train d'achever un article pour un livre à paraitre aux éditions Routledge, en Grande-Bretagne, sur une expérience féministe de théâtre de l'opprimé à Paris dans les années 2000.

Hélène Tanné

Chargée de mission en santé au sein de la Fabrique de Santé, structure de santé communautaire implantée à Aubervilliers, elle a été militante salariée au Mouvement Français pour le Planning Familial 93 et 92 où elle a été formée au conseil conjugal et familial et à l'accueil, l'écoute et l'accompagnement des femmes victimes de violence, ainsi qu'aux méthodes de l'éducation populaire.

Elle a également travaillé pour plusieurs associations franciliennes de la Fédération Nationale Solidarité Femmes où elle a été en charge des actions de sensibilisation et de formation de professionnel.le.s sur la thématique des violences faites aux femmes. Dans ce cadre, elle a co-organisé en 2013 la journée d'étude "Violence envers les femmes. Enjeux politiques, scientifiques et institutionnels", en partenariat avec l'IRIS-EHESS, l'IEC et l'EHESS, journée dont l'objectif était de faire dialoguer actrices et acteurs de la recherche en sciences sociales et professionnel.le.s de l'intervention sociale.

Résumé : « La posture et la démarche d'accueil, d'écoute et d'accompagnement des femmes victimes de violences ou les paradoxes du faire avec »

Nous souhaitons questionner le modèle de relation qui nous semble prégnant dans les pratiques d'accueil, d'écoute et d'accompagnement des femmes victimes de violences. A l'origine, la connaissance des violences contre les femmes et l'invention des pratiques s'inscrivent du côté des savoirs et savoir faire profanes (pratiques d’auto conscience et de self help développées au sein du mouvement féministe à partir des années 1970 et 1980). Aujourd'hui, les pratiques d'intervention sociale, même et y compris au sein des associations qui se revendiquent féministes et mouvement d'éducation populaire, semblent de plus en plus imprégnées par le modèle asymétrique de la relation d'aide. En effet, si la perspective féministe qui irrigue les pratiques vise l'empowerment des femmes et la re-construction des conditions de leur autonomie, nous ne pouvons que faire le constat d'un asymétrie des positions et des ressources entre les professionnel.le.s et/ou militant.e.s et les femmes qu'elles et ils entendent soutenir.

Nous chercherons tout d'abord à mieux comprendre comment s'est construite notre posture féministe militante et d'intervention sociale. A la suite de quoi nous nous proposerons d'identifier les freins à la mise en œuvre d'une pratique féministe d'éducation populaire dans l'accueil, l'écoute et l'accompagnement des femmes victimes de violences. Et nous voudrions in fine dégager quelques-uns des leviers qui nous semblent porteurs d'une dynamique de transformation de nos pratiques d'intervention sociale.

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Direction de travaux d'étudiants :

Marc Bessin, CNRS-EHESS, 190 av de France, 75013 Paris, tél. : 01 49 54 25 59, ou courriel : bessin(at)ehess.fr.

Adresse(s) électronique(s) de contact : bessin(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 17 mai 2017.

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