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Base de données des enseignements et séminaires de l'EHESS

Anthropologies de l'hospitalité

  • Michel Agier, directeur d'études de l'EHESS, directeur de recherche à l'IRD (TH) ( IIAC-LAUM )

    Cet enseignant est référent pour cette UE

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1er, 3e et 5e mardis du mois de 19 h à 21 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 15 novembre 2016 au 16 mai 2017

« Hospitalité insaisissable et qui se dérobe dès que l’on tente de la fixer sous une forme unique, de la prendre en un sens univoque. Elle est privée et publique, présente et absente, chaleureuse et hypocrite ; elle admet tous les détournements et apparaît souvent là où on ne comptait plus sur elle », écrivait René Scherer dans son éloge de l’hospitalité (1993). Aujourd’hui, il s’agit de mener une réflexion renouvelée sur la question de l’hospitalité alors qu’« on ne comptait plus sur elle », au regard de ce moment de l’histoire dont nous sommes contemporains, c’est-à-dire tous personnellement ou collectivement informés et touchés, et ainsi prenant part, puisqu’au moins nous avons quelque conversation sur ce qui se passe – la réponse violente des États-nations à la circulation des migrants – et qui peut se lire comme une nouvel ajustement entre mobilité et (multi-)localité.

Les évolutions des politiques de contrôle migratoire de ces dernières années en Europe ont fait disparaître l’hospitalité publique dans diverses institutions d’enfermement, de contrôle ou de rejet, alors que celle-ci avait, des siècles plus tôt, pris le relais de l’hospitalité privée. L’hospitalité semble ainsi n’être plus qu’une trace de mondes plus ou moins archaïques ou exotiques. C’est ce qui nous pousse à interroger le monde contemporain comme « monde commun » et la place axiale qu’y occupe l’étranger − lorsqu’il « disparaît » comme autre absolu et imaginaire par exemple dans l’encampement, ou « réapparaît » comme hôte dans la relation instituée par l’hospitalité. Il s’agit de refaire les récits possibles de la relation d’hospitalité en recourant aux décentrements de l’histoire et de l’anthropologie. Quel rapport l’hospitalité privée entretient-elle avec l’hospitalité publique et celle-ci avec le contrôle des mobilités ? Comment repenser la localité et les ancrages multi-locaux en lien avec la mobilité ? Comment un camp, un campement, un bidonville peuvent-ils être ou devenir des formes d’hospitalité autant que d'hostilité ?

Plutôt que de croire que nous aurions besoin de l’idée de « l’hospitalité sans condition » pour pouvoir défendre selon Jacques Derrida son application aujourd’hui envers un étranger qui existerait de forme absolue, en soi et hors contexte, c’est au contraire à étudier les conditions dans lesquelles l’hospitalité se déploie que nous consacrerons ce séminaire : observer et comparer des situations concrètes d’hospitalité dans leurs contextes ; analyser la relation d’échange qu’elle enclenche ; comprendre où elle commence et quand elle s’arrête. Des enquêtes de terrain (notamment en lien avec le programme ANR Babels – Ce que les villes font aux migrants, ce que les migrants font à la ville) et des dialogues avec anthropologues, philosophes et historiens nourriront la réflexion.

Programme :

15 novembre 2016 : Introduction. L’hospitalité, une question philosophique, un objet anthropologique (Michel Agier)

29 novembre 2016 : « Étrangers parmi les siens, ou l’intégration sans hospitalité. Une enquête sur les immigrés russes en Russie post-soviétique » par Elena Filippova, Institut d’ethnologie et d’anthropologie de l’Académie des sciences, Moscou, et chercheure invitée FMSH.
L’effondrement de l’URSS s’est accompagné d’une montée spectaculaire des nationalismes ethniques dans les états qui en sont issus. Des tensions et des conflits, parfois de véritables guerres civiles secouaient l’espace postsoviétique. Face à ces violences, poussés par l’insécurité et l’inquiétude sur l’avenir, des flux migratoires se sont dirigés vers la Fédération de Russie. Composée, dans un premier temps majoritairement de populations de langue et de culture russes, cette « migration de choc » n’a pas été accueille à bras ouverts. Nous avons pu observer sur le terrain, dans plusieurs régions du nord au sud du pays, des attitudes hostiles envers les « réfugiés » (terme générique utilisé à l’époque pour désigner ces immigrés), mais aussi le rejet réciproque, par les nouveaux arrivants, de la population locale. Nous essaierons de décrire, dans ce contexte, les conditions d’installation et stabilisation, et les conflits d’identité, des immigrés « russes » en Russie.

6 décembre 2016 : « Conditions de l’hospitalité » (Michel Agier)

3 janvier 2017 : « Politiques de l’hospitalité » (Michel Agier)

17 janvier 2017 : « L’invention du droit d’asile à l’époque moderne : des politiques de l’hospitalité au droit (XVIIe-XVIIIe siècle) » par Naïma Ghermani (Université Grenoble-Alpes-LUHCIE-IUF)
Le 24 juin 1793, la Constitution montagnarde de la première République inscrit l’asile dans son article 120, ce qui constituait alors incontestablement une innovation. Elle venait marquer une étape décisive dans la transformation du droit d’asile tout au long de l’époque moderne. Celui-ci était en effet depuis le Moyen âge un droit ancien, relevant du pénal qui tendait à disparaître sous l’effet de la construction des Etats monarchiques. L’arrivée massive d’exilés religieux au XVIIe siècle pose pour la première fois la question d’un droit des exilés, tel qu’on l’entend aujourd’hui : luthériens, mais aussi catholiques anglais, Vaudois et huguenots français cherchent refuge en Suisse, aux Pays-Bas et dans l’Empire allemand notamment. Offrir l’hospitalité, non plus à un individu isolé, mais à plusieurs groupes par solidarité confessionnelle devient ainsi un véritable défi juridique et politique dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Cette situation inédite mobilise des discours de part et d’autre. D’un côté les exilés multiplient les suppliques auprès des autorités politiques afin d’obtenir une forme de droit d’hospitalité. De l’autre, les instances politiques et religieuses s’interrogent sur la teneur juridique et matérielle de l’accueil à offrir et sa légitimité, dessinant ainsi les contours d’un droit d’asile en profonde mutation. C’est cette histoire de la naissance du droit d’asile moderne que cette intervention tentera de tracer.

31 janvier 2017 : « De l’incontournable hospitalité : l’enquête de terrain en aires urbaines marginales »par Ferdinando Fava (professeur à l’Université de Padoue, département d’anthropologie)
À partir de la formule avec laquelle Julian Pitt-Rivers initiait son texte de 1977 sur la loi de l’hospitalité, à savoir « the problem is how to deal with strangers », on explorera la dimension politique de la pratique quotidienne de l’hospitalité telle qu’elle est impliquée par le dispositif de l’enquête.

7 février 2017 : « Violences, mémoires et tensions autour des territoires d'accueil et de rejet dans La Guajira, Colombie » par Carlos Salamanca (CONICET, Universidad del Rosario, et Maître de conférence invité EHESS)

À partir d’un travail ethnographique réalisé à La Guajira, dans la Caraïbe colombienne, Carlos Salamanca proposera une approche des défis engendrés par « la fin du conflit » dans les espaces locaux en Colombie. Dans un premier moment, il décrira les formes sous lesquelles une population locale fait face aux contradictions de la justice dite « transitionnelle ». Puis il montrera comment certains usages de la notion d’autochtonie par les politiques publiques provoquent des tensions inédites à propos du semblable et de l’étranger dans la région. En conclusion il se demandera pourquoi certains usages des discours sur les identités sont problématiques pour construire des territoires du commun.

21 février 2017 : « Éthique et politique de l'hospitalité dans le discours républicain » par Magalie Bessone (UFR de philosophie, Université de Rennes)
L'hospitalité semble s'être constituée en « nouveau paradigme » de la philosophie publique républicaine française dans les années 1990 pour parler des questions d'immigration. Mais ce paradigme a fonctionné pour opérer une dépolitisation et une « éthicisation » de ces questions. Ainsi, les politiques d'exclusion et de réclusion que l'on peut constater aujourd'hui à l'égard des migrants sont-elles le signe de la « fin de l'hospitalité » ou l'aboutissement logique du déplacement d'une exigence de justice vers une injonction d’accueil ?

7 mars 2017 : « L’accueil des réfugiés de la guerre d’Espagne en France : le grand tournant de 1938 » par Geneviève Dreyfus-Armand (Centre d'études et de recherches sur les migrations ibériques CERMI)
Entre l’été 1936 et le printemps 1938, plus de 150 000 Espagnols se réfugient en France au fur et à mesure de l’avancée des troupes franquistes. Le gouvernement de Front populaire organise un accueil conforme à la tradition républicaine du droit d’asile et une partie de la société se mobilise activement auprès des réfugiés, notamment des enfants. À partir d’avril 1938, les mesures relatives aux étrangers se font plus restrictives et le décret du 12 novembre 1938 stipule que les « étrangers indésirables » seront dirigés vers des « centres spéciaux » où ils feront l’objet d’une surveillance permanente. Le grand exode consécutif à la prise de la Catalogne – près d’un demi-million de personnes – verra la première application de ce décret et le début des camps français d’internement.

21 mars 2017 : « Calais versus Grande-Synthe ? Enquêtes et réflexions sur l’hospitalité urbaine » par Cyrille Hanappe (ENSAPB), Yasmine Bouaga (CNRS) et l’équipe Babels.

  • Yasmine Bouagga est chargée de recherche au CNRS. De février à octobre elle a suivi le quotidien du bidonville de Calais avec Lisa Mandel pour le blog « Les Nouvelles de la Jungle » (Casterman, 2017). Elle est membre du programme Babels et s'intéresse en particulier à la gouvernance du camp.  Sa présentation « Calais, défaillances d'État et solidarités citoyennes » reviendra sur la genèse de la crise calaisienne et ses configurations particulières dans un contexte français d'interventions étatiques tardives et sous dimensionnées, alors que les mobilisations internationales bénévoles assuraient l'aide humanitaire aux réfugiés. 
  • Cyrille Hanappe est architecte, directeur pédagogique du DSA Risques Majeurs de l'ENSA Paris-Belleville. Il est membre de l'association Actes & Cités qui mène une recherche sur la question de « la Ville Accueillante » en partant de l'expérience de Grande-Synthe. Son exposé portera sur « Le camp de la Liniere à Grande Synthe ». Premier camp humanitaire construit en France depuis la seconde guerre mondiale, inscrit dans les faubourgs de la ville de Dunkerque, il pose nombre de questions sociales et urbaines.

18 avril 2017 : Présentations-débats des travaux d’étudiants sur le « camp » de La Chapelle à Paris

2 mai 2017 : Présentations-débats des travaux d’étudiants

16 mai : Fabienne Brugère (Université Paris 8) et Guillaume Le Blanc (Université Paris 12) « La fin de l'hospitalité ? »

« Il s'agira dans notre intervention de repérer sur un plan  historique les principales transformations de l'hospitalité en nous rendant attentif à l'émergence de l'hospitalité comme valeur politique pour proposer dans un second temps un diagnostic portant sur la fin de l'hospitalité politique. Ceci nous conduira à proposer une conceptualisation philosophique de l'hospitalité à distance de celle de Derrida. »

Fabienne Brugère est professeure de philosophie à l'université de Paris 8.  Elle a récemment publié aux PUF L’éthique du care.

Guillaume le Blanc est professeur de philosophie à l'université de Paris 12. Il est notamment l'auteur de Dedans dehors.  La condition d'étranger paru au Seuil.

Ils viennent de faire paraître chez Flammarion La fin de l'hospitalité.

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulés généraux :

  • Michel Agier- Anthropologie des déplacements et nouvelles logiques urbaines
  • Renseignements :

    contact par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants :

    sur rendez-vous uniquement.

    Niveau requis :

    étudiants en master et doctorat, élèves et auditeurs libres.

    Site web : http://www.iiac.cnrs.fr/spip.php?page=article-annuaire2&id_article=1812

    Adresse(s) électronique(s) de contact : agier(at)ehess.fr

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 15 mai 2017.

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